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L’interdiction du hidjab à l’école démarre difficilement en Autriche

Le Devoir · mis à jour il y a 2 h

Environ 8% des neuf millions d’habitants du pays sont musulmans..

Nouvelle loi autrichienne

Depuis le 1er septembre 2026, l’Autriche applique une loi interdisant le port du hidjab (voile islamique couvrant les cheveux) dans les écoles publiques pour les élèves de moins de 14 ans. Cette mesure, portée par le gouvernement conservateur, vise officiellement à promouvoir l’égalité entre les sexes et à protéger les jeunes filles musulmanes contre une éventuelle ségrégation ou oppression liée à leur religion. Cependant, cette interdiction suscite de vives critiques, notamment de la part de certains parents et associations musulmanes, qui y voient une atteinte à la liberté religieuse et une atteinte aux droits des enfants à exprimer leur identité. La loi a été adoptée dans un contexte politique marqué par la montée de l’extrême droite, avec le parti FPÖ arrivant en tête aux législatives de 2024, bien qu’il n’ait pas réussi à former un gouvernement.

Réactions et contestations

L’application de cette loi a provoqué des protestations dans plusieurs villes autrichiennes, notamment à Vienne. Des familles musulmanes ont exprimé leur colère et leur tristesse, comme Zehra, une mère dont les deux filles de 9 et 13 ans refusent cette interdiction. Elle déclare : « Nous élevons nos enfants en leur disant : vous pouvez décider qui vous voulez être, et cette loi va exactement à l’encontre de cela. » Des élèves, comme Sandy, 12 ans, qui porte le hidjab depuis un an, ou Seham, également 12 ans, qui le porte depuis deux ans, décrivent un sentiment de perte et de peur à l’idée de devoir l’enlever. Seham a finalement été autorisée à porter un autre couvre-chef, mais elle reste insatisfaite. Ces témoignages illustrent le malaise ressenti par les jeunes filles concernées. Par ailleurs, des manifestations ont été organisées par des opposants à la loi, reflétant un climat social tendu.

Application et sanctions

Depuis la rentrée scolaire, les autorités autrichiennes ont mené 127 entretiens avec des parents et enregistré 52 signalements pour non-respect de la loi. Les établissements scolaires doivent d’abord organiser des discussions avec les élèves et leurs familles avant de transmettre les cas aux autorités éducatives. En cas de refus persistant, les parents s’exposent à une amende. Le ministre de l’Éducation, Christoph Wiederkehr, souligne que « la grande majorité des élèves et des parents coopèrent », se basant sur le faible nombre d’entretiens réalisés. Cependant, à Vienne, où la plupart des violations ont été signalées, les autorités scolaires indiquent que les filles souhaitent porter le hidjab de leur plein gré. Un enseignant a confirmé n’avoir observé aucune contrainte chez ses élèves, mais regrette que ces dernières aient dû adapter leur tenue ou chercher des alternatives, ce qui a généré un inconfort prolongé.

Contexte social et politique

L’Autriche compte environ 8 % de musulmans parmi ses 9 millions d’habitants, selon des données de 2021. Un rapport de l’Agence des droits fondamentaux (FRA) de l’Union européenne publié en 2024 classe l’Autriche comme le pays de l’UE avec les taux les plus élevés de racisme et de discrimination antimusulmane. Cette situation s’inscrit dans un contexte politique marqué par la montée de l’extrême droite, symbolisée par le FPÖ, qui a obtenu la première place aux législatives de 2024 sans pour autant former un gouvernement. Une précédente tentative d’interdire le voile à l’école en 2019, sous un gouvernement conservateur-FPÖ, avait été bloquée par la Cour constitutionnelle en 2020 pour discrimination. Aujourd’hui, la Communauté religieuse islamique en Autriche (IGGOe) soutient un nouveau recours contre la loi actuelle, ayant reçu environ 70 signalements de familles en difficulté avec son application.

Ce que ça pourrait changer

La Cour constitutionnelle autrichienne a été saisie d’un recours contre la nouvelle loi interdisant le *hidjab* à l’école. Une décision est attendue au premier semestre 2027. Cette procédure judiciaire ajoute une dimension juridique au débat, qui oppose désormais les partisans de la loi, qui y voient une mesure de protection, aux détracteurs, qui dénoncent une atteinte aux droits fondamentaux. En attendant, les établissements scolaires continuent d’appliquer la loi tout en gérant les tensions générées par son application. Les familles musulmanes, comme celles citées dans l’article, expriment leur désarroi face à une mesure qui, selon elles, va à l’encontre de l’autonomie et de la liberté de choix de leurs enfants.

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