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Philosophie

La tyrannie du code (2/2)

AOC Media · mis à jour il y a 14 j

Le pouvoir de narration (storytelling) n’est plus concentré entre les mains des rédactions et des médias : il se partage entre plateformes, algorithmes, communautés et utilisateurs. Le média produit et certifie une information, mais il maîtrise de moins en moins les conditions dans lesquelles celle-ci est rencontrée, commentée, interprétée.

Pouvoir narratif en mutation

Le pouvoir de raconter des histoires (storytelling) ne dépend plus uniquement des médias traditionnels comme les journaux, les radios ou les télévisions. Il se répartit désormais entre les plateformes numériques, les algorithmes, les communautés en ligne et les utilisateurs eux-mêmes. Autrefois, les rédactions produisaient et validaient une information tout en contrôlant sa diffusion et son interprétation. Aujourd’hui, elles maîtrisent de moins en moins les conditions dans lesquelles leur contenu est rencontré, commenté ou compris. Ce déplacement du pouvoir narratif, de la production vers la circulation et l’interprétation des récits, est un changement majeur. Il signifie que les plateformes numériques, en organisant la manière dont nous accédons à l’information, influencent indirectement la façon dont nous percevons le monde.

Délégation progressive aux interfaces

La délégation de nos facultés de réflexion et d’élaboration aux interfaces numériques ne date pas de l’arrivée de l’IA générative. Elle s’inscrit dans une évolution plus ancienne de nos usages du numérique. À mesure que les interfaces se sont rapprochées de nous (passage du desktop au mobile, puis aux flux de contenus), elles ont pris en charge une part croissante de notre attention et de nos choix. D’abord, les interfaces ont commencé par organiser notre accès à l’information : trouver des contenus (moteurs de recherche), les sélectionner (aggrégateurs), les classer (algorithmes de recommandation). Avec l’IA générative, cette délégation franchit un nouveau seuil : l’interface ne se limite plus à organiser notre accès aux contenus, elle participe désormais à leur élaboration et à leur interprétation. Par exemple, une IA peut résumer un article ou proposer une analyse, réduisant ainsi notre rôle à celui de consommateur passif.

Médias : perte de contrôle

Les médias traditionnels ont longtemps été des destinations : on se rendait sur leur site (comme Le Monde.fr ou Libération.fr) pour y accéder à l’information. Ils maîtrisaient alors le parcours de l’utilisateur, en décidant de l’ordre des articles, des titres mis en avant ou de la présentation. Avec l’essor des réseaux sociaux, des agrégateurs (comme Google News) et des notifications, cette logique s’est inversée. Les médias ne sont plus des destinations, mais de simples contenus qui circulent dans des environnements qu’ils ne contrôlent plus. Aujourd’hui, un article peut être découvert via un fil Facebook, une notification ou une recommandation algorithmique, sans que l’utilisateur ne visite le site du média. Cette transformation a profondément modifié le rôle des médias, qui produisent désormais l’information mais plus son récit ou sa mise en scène.

Ce que ça pourrait changer

Les plateformes numériques (réseaux sociaux, agrégateurs, moteurs de recherche) et les algorithmes jouent un rôle central dans cette mutation. Elles ne se contentent plus de diffuser l’information : elles la sélectionnent, la hiérarchisent et, avec l’IA générative, l’interprètent. Par exemple, une plateforme comme Google News ou Apple News utilise des algorithmes pour recommander des articles en fonction des préférences de l’utilisateur, de son historique ou de tendances collectives. Ces acteurs deviennent ainsi des intermédiaires incontournables entre les médias et leur public. Leur influence s’étend même à la production de contenu, où des outils comme les IA génératives peuvent reformuler ou synthétiser des informations, modifiant ainsi la manière dont les récits sont construits et compris.

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