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Droit

Agressions sexuelles, droit du travail bafoué… À bord des yachts des super-riches

L'Humanité : Droit du travail · mis à jour il y a 20 j

Trois mille grands yachts naviguent chaque été en Méditerranée, loués comme « charters » ou utilisés par leurs riches propriétaires. Une véritable industrie, où les équipages vivent et travaillent des mois dans des espaces clos.

Un secteur en expansion

Le secteur de la grande plaisance, qui désigne les yachts de luxe de plus de 24 mètres, est en pleine croissance. Chaque été, environ 3 000 de ces navires sillonnent la Méditerranée, notamment en Grèce, en Sardaigne, sur la Côte d’Azur ou aux îles Baléares. Entre 2021 et 2025, 171 nouveaux yachts de ce type ont été construits chaque année en moyenne, pour une valeur totale annuelle d’environ 4,5 milliards d’euros. Ces bateaux, souvent loués comme charters (location avec équipage) ou utilisés par leurs propriétaires, emploient des équipages pouvant compter jusqu’à 30 personnes pour les plus grands modèles. Ces marins et stewards vivent et travaillent ensemble 24 heures sur 24, pendant des mois, dans des espaces confinés, au service d’une poignée de passagers fortunés. Le ratio standard est d’un membre d’équipage par invité, ce qui crée une proximité constante et parfois tendue entre employeurs et employés.

Des conditions de travail extrêmes

Les conditions de travail à bord des yachts de luxe sont souvent très précaires et éloignées des normes du droit du travail. Les témoignages recueillis par des associations comme Radio Ponton révèlent des pratiques abusives : licenciements sans préavis, refus de soins médicaux, ou encore des contrats non respectés. Par exemple, un marin blessé à Antibes s’est vu refuser une prise en charge par son assurance, et le capitaine, entré en France avec un visa de tourisme (un visa temporaire ne permettant pas de travailler), lui a tout de même demandé de reprendre son poste. Ces situations illustrent un manque de protection juridique pour les travailleurs du secteur, où les règles locales sont souvent contournées ou ignorées. Les équipages, souvent recrutés à l’étranger, se retrouvent dans une position de vulnérabilité face à des employeurs puissants.

Violences sexistes et sexuelles

Le secteur de la grande plaisance est particulièrement exposé aux violences sexistes et sexuelles (VSS). Selon les témoignages, 39 % des membres d’équipage déclarent avoir subi des contacts physiques non désirés. Les cas rapportés incluent des agressions, des tentatives de viol, ou des pressions de la part de capitaines ou de propriétaires. Par exemple, Emma, une employée, a été débarquée manu militari en Martinique après avoir refusé les avances du capitaine, avec qui elle partageait sa cabine. Jessica, quant à elle, a été licenciée sur-le-champ pour avoir préparé un gâteau en forme de cœur, déclenchant une crise de jalousie de la part de la conjointe du propriétaire. Ces récits montrent comment l’isolement, la précarité et l’autorité hiérarchique favorisent les abus dans ce milieu clos et hiérarchisé.

Ce que ça pourrait changer

L’industrie du yachting de luxe est marquée par un manque criant de régulation et de transparence. Les enquêtes soulignent que les équipages sont souvent laissés sans recours face aux abus, faute de mécanismes de plainte efficaces ou de syndicats pour les défendre. Les propriétaires et capitaines, souvent issus de milieux aisés, bénéficient d’une impunité relative, tandis que les travailleurs, recrutés dans des pays moins protégés, n’osent pas porter plainte par crainte de perdre leur emploi ou d’être blacklistés. Les associations comme *Radio Ponton* tentent de briser l’omerta en recueillant des témoignages, mais leur action reste limitée face à l’ampleur du phénomène. Ce secteur, où l’argent et le pouvoir dominent, illustre les dérives d’une économie ultra-libérale où le droit du travail et les droits humains sont régulièrement bafoués.

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