Les « comptes Trump » : les angles morts d’une vaste opération de marketing politique
L’ESSENTIEL Créés par la loi budgétaire de 2025, les « comptes Trump » permettent à tous les Américains de moins de 18 ans d’investir jusqu’à 5 000 dollars par an jusqu’à l’année précédant leur majorité pour se constituer un patrimoine. Cette mesure, présentée comme universelle, favorisera en réalité les familles les plus aisées, capables d’alimenter régulièrement les comptes.
Les comptes Trump (officiellement appelés comptes 530A IRA) sont des comptes d’investissement créés par la loi budgétaire américaine de 2025, intitulée One Big Beautiful Bill Act (OBBBA). Ils sont destinés aux jeunes Américains de moins de 18 ans et permettent de placer jusqu’à 5 000 dollars par an jusqu’à l’année précédant leur majorité, avec un plafond de 1 000 dollars par an pour les versements familiaux ou extérieurs. Ces comptes sont ensuite investis en Bourse via des fonds indiciels à faibles frais. Une dotation fédérale unique de 1 000 dollars (environ 850 euros) est offerte aux enfants nés entre le 1er janvier 2025 et le 31 décembre 2028, sans condition de revenus familiaux. Le lancement officiel a eu lieu le 4 juillet 2026, jour de la fête nationale américaine, dans un contexte médiatique marqué par la présence de Donald Trump, de la présidente de la Bourse de New York et d’autres personnalités.
Les comptes Trump fonctionnent comme des comptes d’épargne-retraite pour les jeunes. Les fonds versés (jusqu’à 5 000 dollars par an) sont investis en Bourse, avec un rendement estimé à plus de 10 % par an selon les projections officielles, bien que des experts comme Fortune jugent ce chiffre peu probable. Aucun retrait n’est autorisé avant 18 ans, sauf exceptions (études supérieures, achat d’une première résidence, naissance ou adoption). À 18 ans, le compte se transforme en un compte retraite classique, avec des pénalités de 10 % en cas de retrait anticipé, sauf pour les usages spécifiques mentionnés. Les entreprises peuvent aussi contribuer jusqu’à 2 500 dollars par an, dans la limite globale de 5 000 dollars. Les fonds sont bloqués jusqu’à la majorité, sauf cas exceptionnels.
Le gouvernement américain présente les comptes Trump comme un outil universel pour aider tous les jeunes à se constituer un patrimoine dès la naissance. Selon le site officiel trumpaccounts.gov, un enfant bénéficiant uniquement de la dotation fédérale de 1 000 dollars pourrait posséder 6 000 dollars à 18 ans, tandis qu’un enfant alimenté à 5 000 dollars par an atteindrait environ 271 000 dollars. Cependant, ces projections reposent sur des hypothèses optimistes : un rendement annuel de 10 % est jugé irréaliste par des experts, qui estiment plutôt un rendement moyen de 6,3 % sur dix ans. Le solde final dépendra donc de la performance du marché boursier, ce qui rend ces estimations incertaines. De plus, les familles aisées, capables d’alimenter régulièrement les comptes, en tireront bien plus de bénéfices que les familles modestes.
Les comptes Trump risquent d’aggraver les inégalités économiques et raciales aux États-Unis. Les familles les plus aisées, capables de verser 5 000 dollars par an, bénéficieront bien plus de ce dispositif que les familles modestes, qui auront du mal à alimenter ces comptes. Les jeunes des classes inférieures et moyennes pourraient être contraints de retirer leurs fonds dès 18 ans pour faire face aux dépenses de la vie quotidienne, limitant ainsi l’impact à long terme. Par ailleurs, seulement 4 % des 350 entreprises interrogées en 2026-2027 prévoient de contribuer à ces comptes, ce qui réduit encore leur portée. Enfin, les retraits anticipés avant 18 ans, bien que limités, pourraient aussi réduire l’efficacité du dispositif.
La loi OBBBA, qui a créé les comptes Trump, prévoit également des coupes drastiques dans les dépenses fédérales destinées aux personnes à faibles revenus. Le programme SNAP (aide alimentaire) voit son budget réduit de 187 milliards de dollars sur dix ans, ce qui a déjà privé 3,5 millions de personnes de leurs allocations entre juillet 2025 et février 2026. Ces coupes pourraient causer 70 000 décès évitables d’ici 2034. De même, le financement de Medicaid (assurance santé) est réduit de près de 1 000 milliards de dollars, risquant de priver 12 millions de personnes de leur couverture maladie en 2034. En parallèle, la loi accorde des allégements fiscaux de 1 000 milliards de dollars sur dix ans aux 1 % des contribuables les plus riches. Le coût de la dotation fédérale de 1 000 dollars pour tous les enfants éligibles est estimé à 17 milliards de dollars en 2028, ce qui se fera au détriment des programmes sociaux.
Les coupes dans les programmes sociaux comme le SNAP et Medicaid pourraient avoir des conséquences indirectes sur la natalité, un phénomène qualifié de soft eugenics (eugénisme doux) dans l’article. L’insécurité alimentaire et l’absence de soins peuvent réduire la fertilité, affecter la santé des femmes enceintes et augmenter les risques de décès prématurés. Cela pourrait entraîner une augmentation de la proportion de naissances dans les familles aisées par rapport aux familles défavorisées, parmi lesquelles les personnes handicapées et les Noirs sont surreprésentés. Les comptes Trump s’inscrivent aussi dans une politique nataliste, car ils incitent financièrement à la naissance d’un enfant via une exemption de pénalité de 10 % en cas de retrait pour cet usage. Cependant, cette incitation pourrait être limitée par l’absence de congés de maternité rémunérés au niveau fédéral et les discriminations professionnelles subies par les femmes.
Les comptes Trump s’inscrivent dans une logique nataliste, mais leur efficacité pour encourager la maternité est limitée par des facteurs structurels. Aux États-Unis, la loi Family and Medical Leave Act ne garantit que 12 semaines de congé maternité non rémunéré, sous conditions strictes (entreprise de plus de 50 salariés, ancienneté d’un an, etc.). De plus, les femmes subissent des discriminations professionnelles liées à la maternité, comme le Maybe baby (moins de chances d’embauche ou de promotion en raison d’un risque de grossesse) ou le plafond de mère (difficulté accrue à accéder à des postes clés après la naissance d’un enfant). Le manque de places en crèche et le coût élevé des modes de garde poussent aussi de nombreuses femmes à réduire leur temps de travail ou à accepter des emplois moins bien payés, avec des pertes de salaire pouvant atteindre 40 %. Dans ce contexte, les comptes Trump ne suffiront pas à compenser ces obstacles.
Le lancement des *comptes Trump* s’inscrit dans une stratégie de communication politique visant à renforcer l’image de Donald Trump auprès du public. Le président a marqué l’événement en sonnant la cloche d’ouverture de la Bourse de New York depuis le bureau Ovale, une première historique. Les comptes portent son nom et sont présentés comme une mesure phare de son mandat, dans la continuité de son culte de la personnalité. Cette initiative coïncide avec des célébrations comme le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine, que Trump a réinterprétée à sa manière. Elle intervient aussi à quatre mois des élections de mi-mandat de novembre 2026, dans un contexte où sa popularité est en baisse en raison de difficultés économiques et de l’inflation. Le marketing autour des *comptes Trump* vise donc à redorer son image auprès des électeurs.

