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Économie

Marie Pla : « Notre impréparation face aux cyberattaques est liée au sous-investissement dans les services publics du futur »

Alternatives Économiques · mis à jour 25 sept.

Marie Pla, co-porte-parole du collectif Nos services publics, revient sur les failles de sécurité des administrations, devenues proies faciles pour les pirates. Elle alerte aussi sur le manque de prise en compte de la parole des agents..

Cyberattaques récentes

Depuis le printemps 2026, plusieurs services publics français ont été victimes de cyberattaques massives. Parmi les cibles figurent la Direction générale des finances publiques (DGFiP), qui gère les déclarations d’impôts, ainsi que le site Zéro logement vacant, lié au ministère de la Ville et du Logement. Ces attaques, attribuées au groupe cybercriminel ZeroBytes, ont entraîné des fuites de données personnelles sensibles, comme celles d’élèves et de personnels de l’Éducation nationale. Ces intrusions révèlent une vulnérabilité croissante des administrations face à des pirates informatiques, souvent motivés par l’espionnage, la fraude financière ou la revente de données sur le dark web. Les méthodes utilisées, comme l’usurpation d’identité d’un agent, montrent que ces attaques ne nécessitent pas toujours des techniques très sophistiquées, mais profitent de failles dans la protection des systèmes.

Sous-investissement chronique

Marie Pla, co-porte-parole du Collectif Nos services publics, souligne que l’impréparation des administrations face aux cyberattaques est directement liée à un sous-investissement structurel dans les services publics, notamment dans leur modernisation et leur cybersécurité. Les budgets alloués depuis des années privilégient une réduction des dépenses plutôt qu’un renforcement des infrastructures ou des compétences. Par exemple, les alertes répétées de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) sur les risques de piratage n’ont pas été suivies d’effets concrets. De plus, la numérisation massive des services publics, comme les démarches administratives en ligne, a été réalisée sans évaluer suffisamment les risques associés. Aujourd’hui, près d’une personne sur deux rencontre des difficultés avec ces services numériques, malgré une apparente maîtrise du numérique par 70 % des jeunes de 18 à 24 ans.

Risques de souveraineté

Les cyberattaques contre les services publics soulèvent également un enjeu de souveraineté nationale. La France et l’Europe dépendent fortement de géants du numérique américains, comme Mistral, pour leurs infrastructures et solutions technologiques. Cette dépendance crée une vulnérabilité supplémentaire, car elle expose les données sensibles à des risques de piratage ou d’ingérence étrangère, surtout dans un contexte géopolitique tendu. Marie Pla critique ainsi l’externalisation croissante de ces compétences à des prestataires privés, qui coûte de plus en plus cher à l’État : 875 millions d’euros en 2021, contre 25 millions en 2014, soit une multiplication par 35 en sept ans. Cette stratégie empêche le développement d’une expertise interne et renforce la dépendance des administrations.

Alertes ignorées

Un élément marquant soulevé par Marie Pla est le fait que des agents syndiqués de la DGFiP avaient alerté sur les risques de piratage bien avant les attaques récentes. Ces alertes, pourtant fondées, n’ont pas été prises au sérieux par la hiérarchie. Cet exemple illustre un problème plus large : le manque d’écoute envers les agents publics, qui sont pourtant en première ligne pour identifier les dysfonctionnements. Ce phénomène n’est pas isolé : il touche aussi d’autres secteurs comme la santé ou la justice, où les professionnels dénoncent régulièrement leurs conditions de travail. Pour Marie Pla, la première étape pour améliorer la cybersécurité passe donc par une meilleure considération de ces retours terrain.

Propositions et limites

Face à cette situation, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures, comme la création d’une nouvelle agence dédiée à la cybersécurité, en plus de l’Anssi, ou encore un partenariat avec Mistral pour renforcer les capacités de lutte contre les cyberattaques. Cependant, Marie Pla se montre sceptique sur l’efficacité de ces initiatives. Elle estime qu’il est plus urgent de consacrer 5 % du budget de chaque ministère à la cybersécurité à partir de 2027, en plus des 200 millions d’euros déjà prévus. Elle critique aussi le recours à des prestataires externes, qui, selon elle, affaiblit l’autonomie des administrations et augmente les coûts. Pour elle, la solution passe par un investissement massif dans les infrastructures, la formation des agents et des usagers, ainsi que par une refonte globale des services publics, tant sur le plan numérique qu’humain.

Ce que ça pourrait changer

Les cyberattaques récentes ont eu des répercussions concrètes sur le fonctionnement des services publics. Par exemple, lors de la rentrée scolaire 2026, de nombreux chefs d’établissement n’avaient plus accès aux espaces numériques, ce qui a perturbé la communication entre enseignants et élèves. Ces dysfonctionnements illustrent la fragilité des infrastructures numériques, dont dépendent désormais l’ensemble des administrations. Marie Pla souligne que ces incidents nuisent à la confiance des citoyens envers les services publics, déjà fragilisée par des années de sous-investissement. Elle rappelle que la continuité du service public est menacée si les systèmes ne sont pas protégés et résilients face aux attaques.

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