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Géopolitique

Dans l’est du Burkina Faso, le cencengu est bien plus qu’un morceau de tissu

Courrier International · mis à jour il y a 12 j

Tissu chamarré, longtemps réservé aux cérémonies, le cencengu s’affiche désormais bien au-delà de sa région d’origine, le Gulmu. Tout en demeurant porteur d’une forte identité culturelle et patrimoniale, le tissage traditionnel gagne en visibilité dans le pays, raconte “Studio Yafa”..

Qu'est-ce que le cencengu ?

Le cencengu est un pagne traditionnel tissé artisanalement à partir de coton filé, originaire de la région de l’Est du Burkina Faso, principalement chez le peuple gulmancé (ou gourmantché). Ses motifs caractéristiques associent souvent des fils de couleur rouge, bleue et noire, bien que des versions en rouge et noir existent également. Contrairement à d’autres tissus comme le faso dan fani (un textile burkinabè tissé de façon artisanale à partir de coton filé, dont le nom signifie en dioula « pagne tissé de la patrie »), le cencengu occupe une place centrale dans les rites et traditions de cette communauté. Il est utilisé lors de grandes étapes de la vie, comme la dot, les cérémonies d’initiation des jeunes circoncis ou encore pour marquer la virginité d’une mariée. Son importance culturelle en fait bien plus qu’un simple morceau de tissu, mais un symbole identitaire fort pour les Gulmancés.

Un savoir-faire local

Le tissage du cencengu est une activité artisanale pratiquée dans des centres spécialisés, comme celui de Divine Grâce à Fada N’Gourma, dans la province du Gourma. Ce centre emploie quatre-vingt personnes chaque jour pour produire des pagnes tissés, dont le cencengu est le motif emblématique. Pagdi Ouali, fondatrice du centre et tisseuse depuis 1992, souligne que le cencengu est le premier motif enseigné aux apprenties. Le processus de tissage repose sur l’utilisation d’un métier à tisser, où les fils sont entrelacés manuellement pour créer des bandes colorées. Ces bandes sont ensuite assemblées pour former le pagne final. Le centre a vu ses commandes augmenter ces dernières années, passant d’une production occasionnelle à une activité quotidienne, avec une boutique ouverte à Ouagadougou pour répondre à la demande croissante.

Un regain d'intérêt culturel

Ces dernières années, le cencengu connaît un regain d’intérêt significatif, tant dans la région de l’Est du Burkina Faso qu’au-delà. En mars 2026, les membres de la délégation spéciale communale de Fada N’Gourma ont choisi de porter ce pagne lors de la première session ordinaire de l’année, marquant ainsi une volonté de valorisation. Noel Yempabou Combary, vice-président de la délégation spéciale du Conseil régional de l’Est, y voit un signe de « déconstruction progressive des esprits » pour adopter davantage le patrimoine local. Mindieba Ouali, travailleur social et blogueur, a même créé un hashtag pour promouvoir le cencengu au niveau international. Il le décrit comme un symbole identitaire fort, capable de susciter des salutations en langue gulmance ou de permettre une reconnaissance immédiate de son origine culturelle.

Un patrimoine à codifier

Face à l’essor du cencengu, les autorités locales et les acteurs culturels plaident pour une codification de ce tissu. Cette démarche vise à préserver son histoire, ses usages traditionnels et ses spécificités techniques, tout en luttant contre les risques de fraude dans un secteur en pleine expansion. Noel Yempabou Combary insiste sur la nécessité de raconter l’histoire du cencengu pour ancrer davantage ce patrimoine dans la culture locale. Pagdi Ouali, quant à elle, a constaté une augmentation des commandes, passant d’une production liée aux cérémonies à une activité quotidienne. Les clients incluent des autorités, des grossistes et des couturiers, avec une demande accrue pour le cencengu, devenu le pagne le plus demandé dans son atelier.

Ce que ça pourrait changer

Le cencengu est bien plus qu’un simple vêtement : il incarne l’identité du *Gulmu*, une région de l’Est du Burkina Faso frontalière avec le Bénin, le Togo et le Niger. Mindieba Ouali, ambassadeur culturel, explique que porter ce pagne crée un sentiment de fierté comparable à celui de brandir un drapeau. Il est souvent associé à des salutations en langue gulmance ou à une reconnaissance immédiate de son appartenance culturelle. Cette dimension identitaire a poussé des personnalités comme Noel Yempabou Combary à en faire un symbole de promotion régionale. Le cencengu, autrefois réservé à des occasions spécifiques, est désormais porté au quotidien, reflétant une volonté de réaffirmer les racines culturelles dans un contexte de modernité.

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