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Culture

Lycées en révolte, reflet d'un système à bout de souffle

France Culture - Savoirs · mis à jour 30 sept.

Louise Tourret reçoit Laure Saint-Raymond, mathématicienne et pilote du projet de transformation de l'Ecole mené par l'Académie des sciences ainsi que deux lycéen.ne.s du lycée Le Corbusier (Aubervilliers) pour parler de la crise du système scolaire..

Mobilisation lycéenne massive

En septembre 2026, des milliers de lycéens à travers la France manifestent pour dénoncer les conditions d'apprentissage dans leurs établissements. Ces protestations mettent en lumière des problèmes structurels comme le manque chronique de remplaçants pour les enseignants et la pénurie de personnel soignant dans les lycées. Les élèves des banlieues populaires, notamment en Seine-Saint-Denis, soulignent des infrastructures obsolètes et une absence de soutien institutionnel. Ces inégalités, présentes dès le plus jeune âge, aggravent les disparités sociales et géographiques dans l'accès à une éducation de qualité. Les revendications des lycéens reflètent une crise plus large du système éducatif, où les conditions matérielles et humaines se dégradent, poussant les jeunes à exprimer leur mécontentement de manière collective.

Rapport choc de l'Académie

Face à la souffrance généralisée dans le système scolaire, l'Académie des sciences a publié un rapport en 2026 intitulé L'École à bout de souffle. Ce document critique la vision actuelle de l'école, souvent réduite à une machine à trier les élèves selon leurs performances. Laure Saint-Raymond, mathématicienne et membre de l'Académie, insiste sur la nécessité de repenser l'école comme un socle de cohésion sociale, où l'objectif n'est plus seulement la réussite individuelle mais le bien commun. Le rapport appelle à abandonner une logique purement méritocratique, qui favorise les inégalités, pour redonner aux jeunes le goût d'apprendre dans un environnement équitable et stimulant.

Hypercompétition scolaire

L'introduction du contrôle continu et les exigences de la plateforme Parcoursup ont transformé la scolarité en une course permanente à la performance. Cette hypercompétition, qui s'applique à toutes les matières, impose aux élèves d'être à 100% présents et de toujours viser les meilleures notes. Les témoignages de lycéens, comme ceux d'Antoine (terminale technologique) et Livie (première générale), révèlent une pression constante qui nuit à leur santé mentale. Cette logique de classement permanent exacerbe les inégalités, car tous les élèves ne disposent pas des mêmes ressources pour y faire face. Les élèves les plus scolaires ou issus de milieux favorisés ont un avantage, tandis que les autres se retrouvent désavantagés, créant une rivalité artificielle entre pairs.

Inégalités territoriales criantes

Les inégalités dans l'éducation sont particulièrement visibles entre les établissements des zones urbaines sensibles et ceux des quartiers plus aisés. En Seine-Saint-Denis, par exemple, les lycéens dénoncent des infrastructures vétustes, un manque de personnel et un soutien institutionnel insuffisant. Ces conditions aggravent les disparités dès le plus jeune âge, limitant les opportunités futures des élèves issus de milieux défavorisés. Le rapport de l'Académie des sciences souligne que ces inégalités ne sont pas seulement matérielles, mais aussi liées à l'absence de politiques publiques adaptées pour réduire les écarts entre les territoires. Sans intervention ciblée, ces disparités risquent de se creuser encore davantage.

Santé mentale des adolescents

La pression scolaire accrue, combinée à un environnement compétitif, a des conséquences graves sur la santé mentale des adolescents. Les exigences de Parcoursup et du contrôle continu transforment l'école en un espace de stress permanent, où la peur de l'échec domine. Les lycéens interrogés dans le podcast décrivent un sentiment d'épuisement, avec une obligation de se donner à 100% dans chaque matière pour espérer réussir. Cette situation favorise l'anxiété, la dépression et un désengagement progressif vis-à-vis des études. Les professionnels de santé et les enseignants s'inquiètent de cette tendance, qui pourrait avoir des répercussions durables sur la jeunesse française.

Ce que ça pourrait changer

Pour sortir de la crise, l'Académie des sciences propose de repenser en profondeur le modèle éducatif. Plutôt que de se concentrer sur la sélection des élèves, elle recommande de placer la *cohésion sociale* et l'*épanouissement individuel* au cœur du projet scolaire. Cela implique de réduire la compétition excessive, de valoriser la curiosité intellectuelle plutôt que les notes, et de renforcer les moyens alloués aux établissements les plus en difficulté. Laure Saint-Raymond et ses collègues insistent sur la nécessité d'un *code de l'école* qui garantisse à tous les élèves, quels que soient leur origine ou leur territoire, les mêmes chances de réussite. Ces propositions visent à restaurer la confiance dans l'institution scolaire et à redonner du sens aux apprentissages.

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