Comment les SES sont-elles enseignées au lycée ?
A l'heure de la rentrée scolaire, et quelques mois après les propos polémiques de Philippe Aghion sur les programme de SES, le professeur Emmanuel Martin nous explique comment sont construites, débattues et enseignées les sciences économiques et sociales au lycée..
Les Sciences Économiques et Sociales (SES) sont une discipline enseignée au lycée en France, obligatoire pour les élèves de la voie générale. Elle vise à donner aux lycéens des clés pour comprendre le monde contemporain en combinant trois grands domaines : l’économie, la sociologie et les sciences politiques. Introduites dans les programmes scolaires en 1967, les SES permettent d’analyser des phénomènes comme le chômage, les inégalités sociales ou les mécanismes de la mondialisation. L’enseignement repose sur des concepts théoriques, des études de cas concrets et des débats pour encourager l’esprit critique. Cependant, cette matière fait régulièrement l’objet de débats sur son contenu et ses méthodes pédagogiques.
En avril 2026, Philippe Aghion, économiste français lauréat du prix Nobel d’économie en 2024, a critiqué l’enseignement des SES dans les lycées. Il a notamment souligné l’importance de transmettre aux élèves les outils de base de l’économie, comme les modèles théoriques et les mécanismes de marché, avant d’aborder des sujets plus complexes comme les inégalités. Aghion a également exprimé son désaccord avec certains enseignants qui privilégient des lectures engagées, comme le magazine Alternatives économiques, ou qui accordent trop de place à la question des inégalités sociales. Pour lui, l’enseignement de l’économie doit d’abord reposer sur des fondements scientifiques et techniques, plutôt que sur des analyses critiques ou militantes.
Les critiques d’Aghion s’inscrivent dans un débat plus large sur la manière d’enseigner l’économie en France. Certains économistes, comme Roger Guesnerie, partagent cette vision et prônent un enseignement plus théorique et moins axé sur les enjeux sociaux ou politiques. À l’inverse, d’autres enseignants et chercheurs défendent une approche plus pluridisciplinaire et critique, intégrant des perspectives sociologiques et des analyses des inégalités. Ce débat reflète des tensions entre une vision techniciste de l’économie, centrée sur les modèles, et une vision critique, qui met l’accent sur les conséquences sociales et politiques des décisions économiques.
Les enseignants de SES font face à des défis majeurs dans l’application des programmes. D’une part, ils doivent couvrir un large éventail de notions en économie, sociologie et sciences politiques, ce qui rend difficile l’approfondissement de chaque thème. D’autre part, les programmes sont régulièrement mis à jour, ce qui oblige les professeurs à adapter leurs méthodes et leurs supports pédagogiques. Certains estiment même qu’il est presque impossible de boucler l’ensemble des programmes en un an, en raison de leur densité et de leur complexité. Ces contraintes expliquent en partie pourquoi certains enseignants privilégient des approches plus synthétiques ou des études de cas, plutôt qu’une analyse exhaustive des théories.
Emmanuel Martin, professeur d’économie en classe préparatoire et au lycée, a été interrogé sur ces enjeux dans le cadre de l’émission *Entendez-vous l’éco*. Selon lui, les SES jouent un rôle clé dans la formation des lycéens, car elles leur permettent de développer un regard critique sur les mécanismes économiques et sociaux. Cependant, il reconnaît que l’enseignement de cette matière doit évoluer pour mieux répondre aux attentes des élèves et aux besoins de la société. Martin souligne l’importance de trouver un équilibre entre la transmission des connaissances théoriques et l’analyse des réalités contemporaines, comme les inégalités ou les crises environnementales. Pour lui, les SES ne doivent pas être réduites à une simple accumulation de concepts, mais doivent aussi encourager la réflexion et le débat.

