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Un chercheur construit une maison en champignons: « ses propriétés isolantes sont comparables à celles du polystyrène expansé »

Science & Vie · mis à jour il y a 1 h

L'isolation des logements repose encore largement sur des matériaux dérivés du pétrole, malgré l'empreinte carbone considérable du bâtiment. Une alternative prometteuse émerge pourtant avec la maison en mycélium, dont l'isolant se cultive sur des déchets agricoles.

Une maison en mycélium

En 2026, Vera Meyer, biotechnologiste à l’université technique de Berlin, travaille sur un projet de maison isolée à l’aide de champignons, prévue pour être achevée d’ici 2030. Ce logement innovant combine une structure en bois avec un isolant fabriqué à partir de mycélium, un réseau de filaments produits par certains champignons comme l’amadouvier. Contrairement aux isolants traditionnels dérivés du pétrole, ce matériau est cultivé à partir de déchets agricoles (sciure, paille) et se développe en liant naturellement ces résidus. Une fois pressé et chauffé pour éliminer les spores vivantes, il forme un bloc solide, sans risque sanitaire pour les occupants. Ce projet, nommé My-Co Build, est soutenu par la DFG, une agence allemande de financement de la recherche, et implique 70 chercheurs issus de six institutions en Allemagne et au Danemark.

Isolation écologique prometteuse

Le mycélium présente des propriétés isolantes comparables à celles du polystyrène expansé, un isolant pétrolier très répandu, selon Vera Meyer. Des tests menés à l’université de Hasselt en Belgique confirment cette performance : trois matériaux à base de champignons sur neuf ont dépassé les performances du polystyrène extrudé, l’un des meilleurs isolants du marché. Ce matériau innovant régule également l’humidité ambiante, comme un mur en terre crue, grâce à sa capacité à laisser passer la vapeur d’eau. Pour optimiser ses propriétés, l’équipe de recherche mise sur des panneaux en sandwich, combinant une couche dense pour la résistance mécanique et une couche aérée pour l’isolation. Cette solution pourrait réduire l’empreinte carbone du secteur du bâtiment, responsable de 37 % des émissions mondiales de CO₂, soit plus que l’agriculture et les transports réunis.

Défis techniques à relever

Deux principaux obstacles freinent encore le déploiement de cette technologie. Le premier concerne la résistance à l’eau : le matériau n’est pas encore hydrofuge et peut se dégrader sous une pluie intense ou être colonisé par d’autres champignons en cas d’inondation. Des traitements d’imprégnation sont actuellement à l’étude pour le protéger. Le second défi est la production à grande échelle. Pour concurrencer les isolants traditionnels, il faudra produire des millions de tonnes de mycélium chaque année, ce qui nécessite une logistique industrielle complexe. Malgré ces verrous, Vera Meyer estime que le coût d’une maison en bois et mycélium pourrait être comparable à celui d’un pavillon classique, les déchets végétaux utilisés comme matière première étant gratuits et abondants.

Ce que ça pourrait changer

Le mycélium offre plusieurs avantages écologiques majeurs par rapport aux isolants pétroliers. D’abord, sa matière première est issue de déchets agricoles ou forestiers, qui seraient autrement brûlés ou jetés, réduisant ainsi les coûts et la pollution. Ensuite, ce matériau est entièrement compostable en fin de vie, contrairement au polystyrène qui met des siècles à se dégrader. Enfin, sa production nécessite peu d’énergie et ne repose pas sur des ressources fossiles, ce qui diminue son empreinte carbone. Ces caractéristiques en font une alternative durable, alignée sur les objectifs de réduction des émissions de CO₂ dans le secteur du bâtiment. Le projet My-Co Build s’inscrit dans cette dynamique, avec l’ambition de révolutionner les pratiques de construction d’ici 2030.

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