Gaza : comment les démocrates tentent de faire oublier le mandat Biden
« Les Palestiniens n’ont pas l’air si maigres sur les photos ». La formule, prêtée au conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan et à l’émissaire Brett McGurk, résume à elle seule la façon dont l’administration Biden a géré, pendant quinze mois, le massacre de Gaza.
L'article analyse la gestion par l'administration Biden du conflit à Gaza après les attaques du Hamas le 7 octobre 2023. Malgré des discussions internes reconnaissant la possibilité d'une riposte massive israélienne, les États-Unis ont rapidement accéléré l'envoi d'armes à Israël. Dès le 11 octobre 2023, Washington a dissuadé Israël d'ouvrir un second front au Liban, démontrant un levier réel sur la politique israélienne. Cependant, ce levier n'a pas été utilisé pour limiter les victimes civiles à Gaza, où 2,2 millions de personnes vivaient entassées dans des zones urbanisées à 85%. L'administration Biden a choisi de ne pas actionner ce levier, malgré des alertes internes sur les risques de crimes de guerre. Les chiffres de victimes palestiniennes, jugés fiables en interne, ont été remis en cause publiquement par Biden, tandis que des accusations israéliennes non vérifiées contre l'UNRWA ont conduit à la suspension des financements américains.
Entre octobre et décembre 2023, une trêve temporaire a permis des discussions sur une issue au conflit. Certains responsables américains, comme Josh Paul au département d'État, ont démissionné en signe de protestation face à la livraison d'armes lourdes. Une vision modérée émergait, visant à limiter les victimes et respecter le droit international, mais elle a été abandonnée dès décembre 2023. La trêve s'est effondrée, et l'administration est revenue à une approche militaire alignée sur Israël. Le Qatar et l'Égypte ont perçu ce revirement comme un signal alarmant. L'administration a tenté d'accuser le Hamas d'agressions sexuelles sur des otages, une allégation non prouvée reprise par la Maison-Blanche, avant que l'armée israélienne ne la démente. La stratégie américaine s'est recentrée sur des accords régionaux (accords d'Abraham) plutôt que sur une résolution immédiate de la crise.
En novembre 2023, Biden a publiquement remis en cause les chiffres de victimes palestiniennes, bien que le département d'État les jugeait fiables en interne. Cette déclaration a marqué un tournant, renforçant les soutiens les plus durs d'Israël et rendant impossible toute utilisation de ces statistiques. En parallèle, Israël a accusé l'UNRWA (l'Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens) de collusion avec le Hamas, sans preuve étayée. Les États-Unis, suivis par le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Australie, ont suspendu leurs financements à l'UNRWA. Cette décision, bien que motivée par une volonté de «protéger» l'agence, a eu l'effet inverse : un effet domino chez les alliés et un encouragement aux soutiens d'Israël au Congrès. L'administration a bloqué des enquêtes internes malgré les leviers disponibles.
En 2024, les États-Unis ont publiquement dissuadé Israël d'envahir Rafah, qualifiant cette zone de ligne rouge. Malgré cette mise en garde, Israël a lancé l'offensive, entraînant la mort de milliers de personnes et le déplacement de 1,4 million de Palestiniens. L'administration Biden avait suspendu certaines livraisons de bombes, mais cette mesure a été rapidement abandonnée sous la pression israélienne. Un responsable américain a admis que la suspension des livraisons était improvisée et que l'administration avait «plié comme une tente» face aux fuites israéliennes. Après la destruction de Rafah, Biden a exigé un plan crédible pour les déplacés, mais cette exigence n'a pas été suivie d'effets concrets. Le désastre humanitaire était pourtant prévisible, et l'administration connaissait le prix de cette offensive.
Les mobilisations étudiantes contre la guerre à Gaza ont été perçues comme une menace par l'administration Biden et le parti démocrate, notamment en 2024, année électorale. Les manifestants ont été dépeints comme infiltrés par des sympathisants du Hamas, et leur mouvement a été réprimé plutôt qu'écouté. Le mouvement Uncommitted, qui a milité contre Biden lors des primaires, a obtenu quelques rencontres, mais l'administration a ignoré les alertes des étudiants. Certains responsables, comme Blinken ou Jessica Lewis, ont réagi avec hostilité aux protestations devant leurs domiciles. L'administration a choisi de gagner l'élection «coûte que coûte», estimant que les électeurs musulmans et arabes ne voteraient pas pour Trump. Cette approche a conduit à des contradictions, comme la phrase de Kamala Harris lors de la convention démocrate : «Nous voulons construire la force de combat la plus létale de l'histoire du monde».
Dans un article du *New Yorker* publié en juillet 2026, Antony Blinken et Brett McGurk ont justifié leur inaction par deux arguments principaux : ils pensaient que la campagne militaire israélienne serait brève et que le cessez-le-feu était imminent. McGurk a affirmé que toute tension publique avec Israël éloignait cet accord. Ces justifications sont contredites par l'enquête d'Akbar Shahid Ahmed, qui révèle que l'administration savait dès le début que les opérations israéliennes seraient longues et meurtrières. Les responsables ont choisi de minimiser les crimes de guerre et de ne pas utiliser leur levier diplomatique ou militaire pour protéger les civils. Leur approche reflète une culture post-11-Septembre, où le droit international est considéré comme optionnel et où la loi «laisse de la marge au décideur».

