Une entreprise pétrolière proche de Trump occupe le Groenland sans autorisation
Un fait accompli inédit place de nouveau Nuuk face aux menaces d’annexion territoriale de Washington. L’article Une entreprise pétrolière proche de Trump occupe le Groenland sans autorisation est apparu en premier sur Le Grand Continent..
En juin 2026, la société américaine Greenland Energy, spécialisée dans l'exploration pétrolière, a débarqué du matériel de forage sur la côte est du Groenland, dans une région appelée Jameson Land, sans l'autorisation préalable des autorités locales. Cette zone est sous la juridiction du gouvernement autonome du Groenland, qui dépend administrativement du Danemark. Selon le média danois Danwatch, l'entreprise a affirmé à tort disposer déjà d'un feu vert officiel, avant de reconnaître une erreur attribuée à un excès d'enthousiasme. Pourtant, les opérations ont bel et bien commencé en juillet 2026, avec l'arrivée d'une barge transportant une douzaine de conteneurs de matériel, déchargés sur le rivage. Le gouvernement groenlandais a jugé disproportionné d'exiger leur retrait, tout en précisant que la demande d'autorisation était toujours en cours d'instruction. Cette situation illustre une stratégie de fait accompli, où une entreprise contourne les procédures administratives pour imposer sa présence sur le terrain.
Le Groenland a instauré un moratoire sur les licences pétrolières en 2021 pour des raisons écologiques, notamment en raison de la présence de zones protégées par la convention de Ramsar sur les zones humides. La région de Jameson Land, où Greenland Energy opère, est concernée par cette protection. Malgré cela, l'entreprise prévoit de forer un premier puits dès octobre 2026, avec un calendrier accéléré : un navire transportant 300 conteneurs de matériel doit appareiller du Canada le 12 septembre 2026. Greenland Energy affirme, sans preuve indépendante, que 1 000 milliards de dollars de brut se trouveraient sous cette péninsule, et a levé environ 70 millions de dollars pour financer ses activités, dont 60 millions sont déjà prévus pour l'exploration. Cette situation place le gouvernement groenlandais dans une position délicate : accorder l'autorisation reviendrait à renier son engagement écologique, tandis que la refuser pourrait servir de prétexte à des pressions politiques.
Greenland Energy entretient des liens étroits avec l'administration de Donald Trump. Son président et principal actionnaire, Larry Swets, dément pourtant toute proximité avec le projet trumpiste d'annexion du Groenland. Cependant, plusieurs éléments suggèrent un rapprochement. L'entreprise a engagé Phil McGraw, connu sous le nom de Dr Phil, membre de la Commission sur la liberté religieuse voulue par Trump, pour réaliser une série documentaire sur ses activités. Elle a également nommé un vétéran de l'US Navy, impliqué dans le bouclier antimissile Golden Dome (considéré comme vital par Trump), à son conseil d'administration. Jeff Landry, envoyé spécial de Trump pour le Groenland, a publiquement affirmé que Greenland Energy pourrait commencer à exploiter du pétrole dès 2027. Cette proximité soulève des questions sur une possible stratégie américaine visant à contourner les autorités locales pour imposer une présence pétrolière.
Cette affaire s'inscrit dans une stratégie plus large de pression des États-Unis sur le Groenland, dans le cadre de la doctrine Donroe, une politique révisionniste visant à étendre le contrôle américain sur l'ensemble de l'hémisphère occidental, de la Terre de Feu à l'Arctique. En janvier 2025, Donald Trump avait déjà eu un échange tendu avec la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, affirmant que « le Groenland était à lui ». Face au refus catégorique du Danemark et du Groenland, ainsi qu'à la fermeté des opinions publiques européennes, Washington a adopté une approche plus discrète, avec la nomination de Jeff Landry comme envoyé spécial et des opérations d'influence mobilisant des ressources importantes, y compris des services secrets. Pourtant, cette pression a paradoxalement renforcé la coopération entre le Groenland et le Danemark, où 85 % des Groenlandais rejettent toute annexion par les États-Unis, selon Bloomberg.
L'incident met en lumière un conflit entre les ambitions économiques d'une entreprise américaine, les engagements écologiques du Groenland et les tensions géopolitiques entre Washington, Copenhague et Nuuk. D'un côté, Greenland Energy accélère ses préparatifs pour forer dès octobre 2026, malgré l'absence d'autorisation officielle et les protections environnementales. De l'autre, le gouvernement groenlandais doit choisir entre céder à la pression ou risquer une escalade des tensions avec les États-Unis. Cette situation illustre les défis posés par les stratégies de fait accompli et les pressions indirectes dans les régions stratégiques comme l'Arctique, où les ressources naturelles et les intérêts géopolitiques se croisent. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si l'entreprise parviendra à imposer ses activités ou si les autorités locales parviendront à faire respecter leur souveraineté.

