La Russie prend le contrôle des actifs de plusieurs compagnies occidentales
Les actifs du géant suisse Nestlé et de la filiale russe d’Auchan sont placés sous «administration temporaire»..
Le 18 septembre 2026, le président russe Vladimir Poutine a signé un décret plaçant sous administration temporaire les actifs en Russie de plusieurs entreprises occidentales. Parmi elles figurent Nestlé, la filiale russe d’Auchan et l’ex-entité de Leroy Merlin. Ces entreprises sont accusées d’appartenir à des pays qualifiés de inamicaux par le Kremlin, car ils soutiennent l’Ukraine dans le conflit en cours. L’administration temporaire signifie que ces actifs sont gérés par une entité désignée par l’État russe, ici la société L.E.V. Management, dirigée par Andreï Kraiouchkine, un général du ministère russe de l’Intérieur. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a justifié cette mesure en évoquant le rôle actif de ces pays dans des actions militaires contre la Russie et leurs participations aux frappes ukrainiennes contre les infrastructures civiles et économiques russes.
Les entreprises concernées ont réagi de manière prudente. Nestlé a publié un communiqué indiquant qu’elle prenait note du décret et évaluait la situation pour protéger ses droits et assurer la continuité de ses activités, notamment pour ses 7 000 employés en Russie. La filiale russe d’Auchan a demandé des clarifications aux autorités et attend des informations supplémentaires avant de commenter davantage. Ces réactions reflètent une incertitude quant à l’avenir de leurs actifs dans le pays. Historiquement, des mesures similaires ont souvent précédé des ventes forcées ou des expropriations, comme ce fut le cas pour Danone et Carlsberg en 2023. Les entreprises craignent donc une perte de contrôle sur leurs opérations locales.
L’impact financier direct de cette mesure sur Nestlé semble limité. Selon l’analyste Jean-Philippe Bertschy de Vontobel, la Russie ne représente plus qu’environ 1 % du chiffre d’affaires total du groupe, contre 2 % en 2021 avant le début du conflit en Ukraine. Nestlé a déjà réduit considérablement ses activités en Russie depuis 2022, en suspendant la plupart de ses ventes, importations, exportations non essentielles, publicités et investissements. Seules les activités liées aux produits alimentaires essentiels, comme les aliments pour bébés, le café ou les produits pour animaux, sont maintenues. Cependant, une cession forcée ou une expropriation pourrait entraîner des dépréciations comptables estimées entre 1 et 2 % des actifs totaux de Nestlé, soit environ 1 milliard de francs suisses (1,7 milliard de dollars canadiens).
Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques accrues entre la Russie et les pays occidentaux depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Depuis cette date, de nombreuses multinationales ont quitté la Russie ou suspendu leurs activités en raison des sanctions économiques imposées par les Occidentaux. Leurs actifs ont souvent été saisis et transférés à des sociétés locales, comme c’est le cas ici. Le décret russe vise à punir les entreprises issues de pays jugés hostiles et à renforcer le contrôle de l’État sur l’économie nationale. Cette stratégie s’accompagne d’un risque accru pour les investisseurs étrangers, qui voient leurs investissements menacés par des mesures arbitraires ou des nationalisations déguisées.

