Le rhinocéros laineux aurait prospéré en Eurasie
Une étude parue dans la revue Science a étudié près de 200 fossiles de rhinocéros laineux et étoffe notre connaissance des migrations de cet animal emblématique des périodes glaciaires..
Le rhinocéros laineux est une espèce emblématique des périodes glaciaires, disparue il y a environ 14 000 ans. Il mesurait entre 1,5 et 2 mètres au garrot, pour un poids de 2 à 3 tonnes, ce qui correspond à la taille d’un rhinocéros blanc d’Afrique actuel. Son trait le plus distinctif était son épaisse fourrure brune-rousse, adaptée aux climats froids. Les fossiles les plus anciens de cette espèce remontent à 450 000 ans, ce qui signifie qu’il a coexisté avec les premiers humains modernes. Contrairement aux rhinocéros actuels, il a prospéré sur un vaste territoire en Eurasie, s’étendant de l’Espagne et de l’Angleterre jusqu’à la Sibérie. Des momies de rhinocéros laineux ont été découvertes en Sibérie, offrant des indices précieux sur son mode de vie et son apparence.
Une étude publiée dans la revue Science a analysé près de 200 fossiles de rhinocéros laineux, datés entre 19 000 et 234 000 ans, provenant d’Europe, de Mongolie, d’Asie de l’Est et de Sibérie. Les chercheurs ont reconstruit 43 génomes, un travail considéré comme un exploit scientifique. Leurs travaux révèlent que le rhinocéros laineux serait apparu dans l’est de l’Asie, et non au Tibet comme on le supposait auparavant. Les scientifiques ont identifié un individu vieux de 170 000 ans comme étant l’ancêtre commun de tous les rhinocéros laineux étudiés. Cette découverte permet de mieux comprendre les migrations et l’évolution de l’espèce à travers l’Eurasie.
L’étude génétique a mis en lumière deux hybridations entre le rhinocéros laineux et une espèce cousine aujourd’hui disparue, le rhinocéros de Merck. Ce dernier était adapté à des climats plus chauds, contrairement au rhinocéros laineux qui vivait dans des environnements glacés. Ces hybridations, survenues à deux reprises, montrent une capacité d’adaptation inattendue. Les scientifiques soulignent que ces croisements pourraient avoir joué un rôle dans la survie de l’espèce face aux changements climatiques. Le rhinocéros de Merck, aujourd’hui éteint, partageait avec le rhinocéros laineux une lignée commune, mais ses préférences d’habitat différaient radicalement.
Les auteurs de l’étude ont utilisé des techniques de génétique ancienne pour analyser des échantillons prélevés sur des fossiles. Cette approche, bien que complexe, a permis de reconstituer des génomes complets et d’éclairer l’histoire évolutive de l’espèce. Les résultats ont été publiés dans *Science*, l’une des revues scientifiques les plus prestigieuses au monde, ce qui souligne l’importance de cette découverte. Manon Hullot, spécialiste des rhinocéros et post-doctorante au Jurassica Museum en Suisse, a participé à ces recherches. Les fossiles étudiés incluent des ossements, des dents, des crânes et même des squelettes complets, notamment en Russie et en Sibérie, où des momies ont été retrouvées.

