La mémoire des vaincus : histoires intimes de la guerre d'Espagne 10/25 : Il faut effacer le droit de la dictature
C'est un combat singulier que mène le juge Martin Pallin. Un combat qu'il raconte à Patrick Pépin en 2004 dans cet épisode sur la mémoire des vaincus de la Guerre d'Espagne : obtenir l'illégalité de l'arsenal juridique de la dictature franquiste..
Martin Pallin, magistrat espagnol né en 1936, fils de militaire et issu du camp des vainqueurs de la Guerre d'Espagne (1936-1939), a mené un combat judiciaire pour faire reconnaître l'illégalité du droit franquiste. Dans un entretien diffusé en 2004 sur France Culture, il explique son engagement contre ce qu'il qualifie de « barbarie juridique », un système où le droit était utilisé comme outil de persécution plutôt que de justice. Son objectif était d'effacer les traces des lois de la dictature franquiste (1939-1975) du système juridique espagnol, même après la transition démocratique. Pallin souligne que ces lois, bien que non appliquées dans l'Espagne démocratique, restaient une référence juridique, perpétuant l'héritage de l'oppression franquiste.
Le franquisme a instauré un ensemble de juridictions d'exception destinées à consolider son pouvoir. Ces lois, bien que conçues pour une dictature, ont persisté dans le droit espagnol après la mort de Franco en 1975 et la transition vers la démocratie. Le juge Pallin insiste sur le fait que ces textes, même inappliqués, ont servi de fondement juridique à l'Espagne franquiste et ont continué à influencer son système légal. Pour lui, il est essentiel de reconnaître que l'Espagne a été « hors du droit » pendant les 40 ans du régime, afin de marquer une rupture claire avec la démocratie. Cette démarche vise à établir une continuité juridique entre la République espagnole (avant 1939) et l'Espagne démocratique, en excluant le franquisme comme une période de discontinuité historique.
Né un mois avant le début de la Guerre d'Espagne, Martin Pallin a grandi dans l'Espagne de Franco, un régime où la justice était au service du pouvoir. Malgré son héritage familial (son père était militaire), il a choisi de devenir magistrat et de lutter contre les injustices du système qu'il avait connu. Son parcours illustre une forme de rébellion contre les déterminismes de son milieu. En tant que membre du Tribunal suprême espagnol, la plus haute juridiction du pays, il a utilisé sa position pour dénoncer l'héritage juridique du franquisme et promouvoir une justice plus équitable, en alignant le droit espagnol sur les valeurs démocratiques.
L'épisode des Nuits de France Culture consacré à Martin Pallin s'inscrit dans une série intitulée « La mémoire des vaincus : histoires intimes de la Guerre d'Espagne ». Ce titre fait référence aux victimes du franquisme, souvent ignorées ou effacées de l'histoire officielle. Le podcast explore comment le droit franquiste a servi à persécuter les opposants politiques, les républicains et les minorités. En 2004, près de 30 ans après la mort de Franco, la question de la mémoire historique restait un sujet sensible en Espagne. Pallin y voit une nécessité : effacer les lois oppressives du franquisme pour permettre une réconciliation nationale et éviter que l'histoire ne répète ses erreurs.
Le combat de Martin Pallin dépasse le cadre juridique : il touche à l'identité même de l'Espagne démocratique. En 2004, il rappelle que la transition vers la démocratie dans les années 1970-1980 n'a pas suffi à rompre totalement avec l'héritage franquiste, notamment sur le plan légal. Son travail vise à clarifier que le franquisme n'était pas une période normale de l'histoire espagnole, mais une parenthèse autoritaire. Cette reconnaissance est cruciale pour construire une mémoire collective apaisée et pour garantir que les droits fondamentaux ne soient plus jamais bafoués au nom de lois d'exception. L'épisode s'appuie sur des archives de *France Culture* et de l'*INA* pour illustrer ces enjeux.

