Le nouveau datacenter d'Amazon au Texas pourrait devenir le plus gros pollueur des États-Unis et ce n'est pas ça le pire
Amazon, cofondateur du Climate Pledge, alimentera son nouveau datacenter texan avec 35 turbines à gaz hors réseau. Ses émissions de CO₂ ont pourtant augmenté chaque année depuis 2019..
Amazon construit un datacenter géant au Texas, aux États-Unis, qui pourrait devenir le plus gros pollueur industriel du pays en termes d'émissions de CO₂. Ce site, prévu pour 2026, s'ajoute à une série d'infrastructures similaires développées par le géant du numérique. Un datacenter est un centre de données où sont stockés et traités des milliards d'informations numériques, comme les requêtes des utilisateurs, les vidéos en streaming ou les données des entreprises. Ces infrastructures consomment d'énormes quantités d'électricité, souvent produite à partir de centrales à charbon ou à gaz, ce qui génère des émissions massives de gaz à effet de serre. Le Texas, où se situe le datacenter, est déjà un État très polluant en raison de son mix énergétique dépendant des énergies fossiles.
Selon les projections, ce datacenter pourrait émettre jusqu'à 1,5 million de tonnes de CO₂ par an, ce qui en ferait le plus gros pollueur industriel des États-Unis devant des centrales électriques ou des usines chimiques. À titre de comparaison, cela équivaut aux émissions annuelles de 300 000 voitures. Les datacenters sont des infrastructures énergivores car ils nécessitent une climatisation permanente pour éviter la surchauffe des serveurs, ainsi qu'une alimentation électrique ininterrompue. Leur empreinte carbone est donc double : directe, via la consommation d'énergie fossile, et indirecte, via l'énergie nécessaire à leur refroidissement. Les États-Unis comptent déjà plus de 3 000 datacenters, dont certains dépassent déjà les 100 000 serveurs.
Le Texas est souvent pointé du doigt pour sa réglementation environnementale peu contraignante, ce qui attire les industries polluantes. Contrairement à d'autres États américains, le Texas n'applique pas de taxes carbone ni de quotas d'émissions stricts pour les entreprises. Amazon a donc choisi cet État pour y implanter son datacenter, profitant d'une électricité moins chère et d'une réglementation plus souple. Cette situation soulève des questions sur l'efficacité des politiques environnementales locales et fédérales, alors que les engagements climatiques des États-Unis restent insuffisants pour respecter l'Accord de Paris.
L'arrivée de ce datacenter pourrait aggraver la pollution atmosphérique dans une région déjà touchée par des épisodes de smog et des problèmes de qualité de l'air. Les habitants pourraient subir une augmentation des maladies respiratoires et cardiovasculaires, notamment en période de canicule où la demande en électricité explose. Le Texas est régulièrement confronté à des vagues de chaleur extrême, ce qui augmente encore la consommation électrique des datacenters pour leur refroidissement. Les autorités locales n'ont pas encore communiqué de mesures pour limiter ces impacts, malgré les alertes des associations environnementales.
Le problème ne se limite pas à Amazon : l'ensemble du secteur des datacenters est en croissance rapide, avec une augmentation de 15 à 20 % par an de leur consommation électrique. Pourtant, des solutions existent pour réduire leur empreinte carbone, comme l'utilisation d'énergies renouvelables (solaire, éolien) ou le recours à des systèmes de refroidissement innovants (immersion des serveurs dans des liquides, utilisation de l'air extérieur). Certaines entreprises, comme Google ou Microsoft, investissent dans ces alternatives, mais Amazon n'a pas encore annoncé de plans concrets pour verdir son infrastructure au Texas. Le géant du numérique mise davantage sur des compensations carbone que sur une réduction réelle de ses émissions.
L'implantation de ce datacenter s'inscrit dans une stratégie économique d'Amazon pour renforcer sa domination dans le cloud computing, un marché en pleine expansion. Le cloud représente déjà plus de 50 % des revenus de l'entreprise, et son développement nécessite des infrastructures toujours plus puissantes. Le Texas, avec sa main-d'œuvre qualifiée et ses coûts énergétiques bas, est une région stratégique pour Amazon. Cependant, cette croissance économique se fait au détriment de l'environnement, ce qui pose un dilemme pour les régulateurs et les citoyens. Les subventions publiques accordées aux entreprises polluantes, comme Amazon, sont également critiquées par les économistes, qui soulignent leur manque de rentabilité sociale.

