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Culture

Faut-il construire ou détruire les data centers ?

France Culture - Savoirs · mis à jour 30 sept.

Alors que les États-Unis voient émerger une contestation nationale contre les data centers, la France accélère leur développement avec des investissements massifs. Entre souveraineté numérique, consommation énergétique et climat, faut-il entendre l’alerte venue d’outre-Atlantique ?.

Contexte politique aux États-Unis

Aux États-Unis, la construction des data centers (centres de données) suscite une opposition nationale sans précédent. Cette contestation s'est imposée comme un enjeu majeur de la campagne électorale des midterms (élections de mi-mandat), avec des figures politiques aussi variées que Steve Bannon, figure de l'extrême droite, et Bernie Sanders, sénateur progressiste, qui soutiennent les mobilisations citoyennes contre ces infrastructures. Ces oppositions soulignent les tensions autour de l'impact environnemental et énergétique des data centers, qui consomment d'énormes quantités d'électricité et d'eau pour refroidir leurs serveurs. La polémique s'étend à travers tout le pays, avec des manifestations locales qui prennent une dimension nationale.

Stratégie française contrastée

En France, la situation est inverse : le gouvernement encourage activement le développement des data centers avec des investissements massifs. D'ici 2035, 215 milliards d'euros sont prévus pour moderniser et agrandir ces infrastructures. Contrairement aux États-Unis, les oppositions citoyennes en France restent localisées et moins médiatisées. Les autorités françaises misent sur ces centres pour renforcer la souveraineté numérique du pays, c'est-à-dire sa capacité à contrôler et héberger ses données sans dépendre de l'étranger. Cette stratégie s'inscrit dans un contexte où la France cherche à réduire sa dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis ou de la Chine.

Rôle des acteurs clés

Plusieurs experts interviennent dans le débat pour éclairer les enjeux. Michael Reffay, délégué général de France Datacenter, représente les intérêts des entreprises du secteur, tandis que Lou Welgryn, secrétaire générale de Data for Good, une association militante, défend une approche plus sobre et écologique des data centers. Gianluca Marzilli, responsable de l'Observatoire des Data Centers en Île-de-France à l'Institut Paris Région, apporte des données techniques sur leur impact local. Ces acteurs illustrent la diversité des positions : économique, environnementale et territoriale.

Défis énergétiques et climatiques

Les data centers sont des infrastructures extrêmement énergivores. Ils consomment environ 1 à 1,5 % de l'électricité mondiale, un chiffre qui pourrait doubler d'ici 2030 selon certaines projections. Leur refroidissement nécessite aussi d'importantes quantités d'eau, ce qui pose des questions dans un contexte de stress hydrique croissant. En France, où la production d'électricité repose encore en partie sur le nucléaire, cette consommation soulève des débats sur la compatibilité entre le développement des data centers et les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La question est donc de savoir si ces infrastructures peuvent coexister avec les impératifs climatiques.

Souveraineté numérique vs. urgence écologique

Le débat oppose deux logiques : d'un côté, la souveraineté numérique, qui justifie la construction de data centers pour éviter une dépendance aux infrastructures étrangères, souvent perçues comme moins transparentes ou moins sûres. De l'autre, l'urgence écologique, qui pousse à limiter leur expansion en raison de leur empreinte carbone et de leur consommation de ressources. En France, le gouvernement semble privilégier la première approche, tandis que les opposants, comme ceux aux États-Unis, insistent sur la nécessité de réguler strictement ces infrastructures. Le conflit entre ces deux priorités reste au cœur des discussions.

Ce que ça pourrait changer

En Île-de-France, l'*Observatoire des Data Centers* suit de près l'évolution de ces infrastructures, qui y sont particulièrement concentrées. Gianluca Marzilli souligne que leur développement local a des répercussions globales : en attirant des investissements massifs, ces centres transforment les territoires, mais aussi les équilibres économiques et environnementaux. À l'échelle mondiale, la question dépasse le cadre national : les *data centers* sont des maillons essentiels de l'économie numérique, mais leur expansion pose des défis partagés par tous les pays, qu'ils soient développés ou en développement.

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