Hommage à Peter D. Thomas (1973–2026)
Peter D. Thomas, historien des idées et théoricien politique, vient de mourir.
Peter D. Thomas, philosophe et théoricien politique marxiste, est décédé le 11 octobre 2026 d’une crise cardiaque, à l’âge de 53 ans. Né en 1973 en Australie, il avait obtenu une licence et une maîtrise en philosophie et littérature à l’université du Queensland. En 2000, il s’installe en Europe pour y poursuivre un doctorat à l’université d’Amsterdam, sous la direction de Marcel van der Linden et Michael R. Krätke. Sa thèse, soutenue en 2008 malgré des oppositions politiques internes, a marqué un tournant dans l’étude de l’œuvre d’Antonio Gramsci. Peter D. Thomas laisse derrière lui son épouse Sara Farris et leurs deux filles, Mira (12 ans) et Nadia (7 ans).
Peter D. Thomas est reconnu pour avoir proposé une interprétation originale de l’œuvre d’Antonio Gramsci, penseur marxiste italien du début du XXe siècle. Contrairement aux lectures classiques qui voient en Gramsci un théoricien de l’hégémonie comme simple outil de consentement, Thomas a mis en lumière sa dimension expérimentale et stratégique. Dans son ouvrage The Gramscian Moment (2009), il analyse les Cahiers de prison de Gramsci en insistant sur sa philosophie de la praxis, son concept d’État intégral et sa réflexion sur la révolution. Thomas a combiné une approche philologique rigoureuse, basée sur l’édition critique des œuvres de Gramsci par Valentino Gerratana, avec une lecture non dogmatique du marxisme révolutionnaire. Son travail a été récompensé par le Premio Internazionale Giuseppe Sormani en 2011.
Peter D. Thomas se distinguait par un style intellectuel complexe mais clair, alliant densité sémantique et clarté exemplaire. Il s’appuyait sur des bases philologiques solides tout en établissant des liens inédits entre différents courants de pensée. Ses travaux ont exploré des concepts comme la révolution passive, la subalternité ou la traduisibilité, en les reliant aux défis politiques contemporains. Il a également coécrit ou coédité plusieurs ouvrages, dont Radical Politics (2023) et In Marx’s Laboratory (2013), et a contribué à des dictionnaires marxistes comme le Das Historisch-kritische Wörterbuch des Marxismus. Ses recherches ont été menées dans plusieurs pays, notamment en Italie, Allemagne, Finlande et Pays-Bas.
Peter D. Thomas était à la fois un intellectuel et un militant. Il a rejoint le comité de rédaction de la revue Historical Materialism au début des années 2000 et y a joué un rôle central, tant dans la publication d’articles que dans l’organisation de conférences internationales. Il a également dirigé la série de livres Historical Materialism, contribuant à en faire un projet éditorial majeur dans le monde anglophone. Son engagement s’étendait à la scène marxiste locale, où il tissait des liens durables. À l’université de Brunel (Royaume-Uni), où il est devenu professeur en 2010, il a dû faire face aux pressions d’un système universitaire de plus en plus marchandisé. Malgré ces contraintes, il a formé de nombreux étudiants et doctorants, salués pour sa générosité et son humour pince-sans-rire.
À sa mort, Peter D. Thomas travaillait sur un projet financé par le Leverhulme Trust, explorant la traduction de la notion d’hégémonie dans la pensée philosophique et politique italienne et allemande des XVIIIe et XIXe siècles. Ses contributions couvrent également des domaines variés, comme la communication (Mapping Communication and Media Research, 2010), la temporalité (The Government of Time, 2017) ou la critique de l’économie politique. Son dernier ouvrage publié, Radical Politics (2023), interroge les causes de l’émancipation contemporaine. Thomas a laissé une œuvre vaste, traduite en plusieurs langues (turc, espagnol, grec, arabe, mandarin), et dont l’impact continuera de se faire sentir dans les années à venir.
Peter D. Thomas était considéré comme l’un des théoriciens politiques les plus originaux de sa génération. Ses pairs soulignent son *éclat intellectuel* et sa capacité à lier théorie et pratique militante. La revue *Historical Materialism* a annoncé son décès avec une profonde tristesse, rappelant son rôle clé dans le réseau international de débat scientifique sur le marxisme. Ses articles, accessibles gratuitement pour une durée limitée, couvrent des sujets comme l’*hégémonie*, la *révolution passive* ou la *traduisibilité*. Pour honorer sa mémoire, la revue prévoit de relire son œuvre et d’inviter ses camarades à partager leurs réflexions. Ses proches, Sara Farris et leurs deux filles, restent au cœur des pensées de ceux qui l’ont connu.

