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Peut-on combattre les moustiques avec des moustiques ?

The Conversation France · mis à jour il y a 13 j

Des millions de moustiques mâles stérilisés pourraient bientôt être relâchés aux États-Unis pour freiner la propagation de maladies comme la dengue ou le Zika. Joao Paulo Burini , CC BY Face à l'expansion mondiale du moustique Aedes aegypti et aux limites des insecticides, une stratégie de lutte biologique gagne du terrain.

Une invasion mondiale

Le moustique Aedes aegypti est une espèce invasive originaire d'Afrique qui s'est répandue dans de nombreuses régions du monde, notamment en Australie, aux États-Unis et en Europe. Ce moustique est particulièrement redouté car il transmet des maladies graves comme la dengue, le virus Zika, le chikungunya et la fièvre jaune. Contrairement aux moustiques locaux, Aedes aegypti s'est adapté à l'environnement urbain et se nourrit presque exclusivement de sang humain. Face à l'inefficacité croissante des insecticides et à l'expansion de cette espèce, des solutions alternatives comme la lutte biologique gagnent en importance. En 2015, une collaboration entre des chercheurs australiens et l'entreprise américaine Verily (anciennement division des sciences de la vie de Google) a permis de tester une méthode innovante pour réduire ses populations.

Des moustiques stériles

La stratégie repose sur l'utilisation de moustiques mâles stériles, qui ne piquent pas et ne transmettent donc pas de maladies. L'idée est que ces mâles s'accouplent avec les femelles porteuses de maladies, mais que les œufs pondus ne puissent pas éclore, réduisant ainsi progressivement la population de moustiques. Cette méthode est appelée incompatibilité cytoplasmique et repose sur une bactérie nommée Wolbachia, naturellement présente chez de nombreux insectes. Certaines souches de Wolbachia rendent les mâles porteurs incompatibles avec les femelles sauvages, empêchant la reproduction. Les mâles, dotés de grandes antennes plumeuses, sont particulièrement efficaces pour repérer les femelles.

Un essai en Australie

Entre 2015 et 2018, une équipe de chercheurs australiens et américains a mené un essai à grande échelle dans la région de la Cassowary Coast, dans le nord du Queensland. Cette zone était idéale car elle comptait plusieurs villes avec des populations importantes d'Aedes aegypti, tout en limitant les déplacements des moustiques vers d'autres zones. Le projet, baptisé Debug Innisfail, a obtenu le soutien des habitants, des autorités locales et des dirigeants des Premières Nations. Après deux années de relevés de terrain et de consultations, environ trois millions de moustiques mâles porteurs de Wolbachia ont été relâchés sur une période de 20 semaines en 2018 dans trois villes test, tandis que trois autres villes servaient de témoins.

Des résultats spectaculaires

Les résultats de l'essai ont été remarquables : dès quatre semaines après le début des lâchers, les populations de moustiques dans les villes test ont commencé à diminuer par rapport aux villes témoins. Les données, publiées en 2021, ont montré une réduction de 95 % de la population d'Aedes aegypti dans l'une des villes un an après l'arrêt des lâchers. Dans deux des trois villes test, l'effet de suppression a persisté l'année suivante. Cette méthode a donc prouvé son efficacité à grande échelle, même si les moustiques adultes ne vivent que quelques jours. Les lâchers continus de mâles compétitifs permettent de maintenir une pression constante sur les populations.

Une solution écologique

Cette approche présente plusieurs avantages écologiques. Aedes aegypti étant une espèce invasive en Australie, son élimination des zones urbaines a des conséquences limitées sur l'écosystème local. Contrairement aux insecticides, qui peuvent tuer d'autres espèces et développer des résistances, cette méthode cible spécifiquement Aedes aegypti sans affecter les moustiques indigènes. De plus, les mâles relâchés ne piquent pas et ne transmettent pas de maladies, ce qui réduit les risques pour la santé humaine. Enfin, l'effet de suppression peut se prolonger après l'arrêt des lâchers, bien que cela dépende de facteurs locaux comme l'écologie et les déplacements des moustiques.

Vers une application aux États-Unis

Les résultats obtenus en Australie ont inspiré des projets similaires aux États-Unis. En 2026, l'initiative Debug de Google (Alphabet) a demandé au gouvernement fédéral l'autorisation de relâcher jusqu'à 32 millions de moustiques mâles stériles en Californie et en Floride, avec un objectif de 16 millions de moustiques par an pendant deux ans. Cette méthode, déjà testée en Australie, suscite des interrogations aux États-Unis sur sa sécurité et son efficacité à grande échelle. Les essais australiens apportent des réponses fondées sur des données scientifiques, rassurant sur les conséquences écologiques et la faisabilité technique de cette approche.

Ce que ça pourrait changer

Le succès de cette méthode repose sur une collaboration étroite entre chercheurs, ingénieurs et communautés locales. Le projet australien a réuni des scientifiques de six universités et de l'entreprise Verily, combinant expertise scientifique et capacités d'ingénierie industrielle. Cette synergie a permis de passer d'un concept de laboratoire à un essai en conditions réelles en un temps record. Les chercheurs continuent aujourd'hui de travailler sur des méthodes pour séparer efficacement les moustiques mâles des femelles, afin de développer des solutions adaptées aux pays en développement. Cette approche pourrait devenir un outil majeur de santé publique face à l'expansion d'*Aedes aegypti* et à la baisse d'efficacité des insecticides.

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