Face au séparatisme albertain, les Premières Nations cherchent conseil au Québec
À Ottawa, des chefs autochtones de l'Alberta et du Québec ont échangé sur le projet indépendantiste albertain..
Des chefs des Premières Nations de l’Alberta et du Québec se sont rencontrés à Ottawa pour échanger sur les enjeux liés à un éventuel référendum d’indépendance en Alberta. Cette rencontre, organisée par Trevor Mercredi, grand chef de la Confédération des Premières Nations visées par le Traité no 8, visait à comprendre comment le Québec avait géré les référendums de 1980 et 1995. L’objectif n’était pas de définir une stratégie commune, mais d’ouvrir un dialogue entre deux régions confrontées à des défis politiques comparables, bien que différents. L’Assemblée des Premières Nations (APN) et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) ont joué un rôle central dans cette initiative. Trevor Mercredi a souligné l’importance de cette rencontre pour préparer une réponse unifiée face aux risques que ferait peser une sécession albertaine sur les droits issus des traités autochtones.
Lors des référendums québécois de 1980 et 1995, les Premières Nations avaient affirmé qu’elles ne pouvaient être intégrées de force dans un Québec indépendant sans leur consentement. Elles avaient également rappelé leur droit à l’autodétermination et insisté sur le fait que leurs territoires, régis par des traités historiques, ne pouvaient être attribués à un nouvel État sans leur accord. Francis Verreault-Paul, chef régional de l’APNQL et participant à la rencontre d’Ottawa, a expliqué que cette mémoire politique pourrait être précieuse pour les dirigeants albertains. Cependant, il a précisé que le contexte albertain différait de celui du Québec, notamment en raison de l’absence de consultation des Premières Nations avant l’organisation d’un référendum provincial prévu le 19 octobre 2024.
Le Traité no 8, signé en 1899 entre la Couronne britannique et plusieurs nations autochtones, couvre un territoire bien plus vaste que l’actuelle province de l’Alberta. Il s’étend sur le nord de l’Alberta, mais aussi sur des parties de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et des Territoires du Nord-Ouest. Trevor Mercredi a rappelé que l’Alberta elle-même a été créée en 1905, après la conclusion de ce traité. Selon lui, une sécession albertaine créerait une nouvelle frontière internationale au milieu d’un territoire régi par des traités historiques, ce qui remettrait en cause les droits des Premières Nations sur leurs terres et leurs ressources. Il a insisté sur le fait que les frontières provinciales ne peuvent primer sur les droits issus des traités, qui sont des accords juridiquement contraignants.
Le gouvernement albertain, dirigé par la première ministre Danielle Smith, a prévu de soumettre une question liée à la séparation lors d’un référendum non contraignant le 19 octobre 2024. Les électeurs devront choisir entre le maintien de l’Alberta au sein du Canada ou l’ouverture d’un processus constitutionnel pouvant mener à un éventuel référendum contraignant sur l’indépendance. Cette démarche est vivement contestée par plusieurs chefs des Premières Nations, qui estiment ne pas avoir été consultés et craignent que leurs droits issus des traités ne soient ignorés. En mai 2024, la Cour du Banc du Roi de l’Alberta a annulé l’approboration d’une pétition citoyenne sur l’indépendance, estimant que les Premières Nations auraient dû être consultées avant le lancement du processus.
Les dirigeants autochtones de l’Alberta dénoncent les répercussions qu’aurait un éventuel projet d’indépendance sur leurs droits issus des traités. Ils rappellent que ces droits, reconnus par des accords historiques comme le Traité no 8, protègent leurs terres, leurs ressources et leur autonomie. Trevor Mercredi a souligné que les traités ne sont pas de simples documents symboliques, mais des textes juridiques contraignants qui ont contribué à la formation du Canada et de ses provinces. Il a critiqué le manque de compréhension de nombreux Albertains et Canadiens à l’égard de ces traités, certains croyant à tort que les Premières Nations ont cédé leurs terres et renoncé à leurs droits lors de leur signature. Il a appelé à une meilleure éducation sur l’histoire réelle du Canada.
Face à la montée des velléités séparatistes en Alberta, les Premières Nations du Traité no 8 se mobilisent pour faire entendre leur voix. Trevor Mercredi a indiqué que les dirigeants préparent leurs membres à participer au référendum d’octobre en s’assurant qu’ils aient leurs pièces d’identité et connaissent l’emplacement des bureaux de vote. Cette mobilisation vise à ce que les Premières Nations puissent voter et faire valoir leurs droits dans un débat qui, selon Mercredi, servira aussi de répétition pour d’autres affrontements politiques futurs. Il a précisé que cette campagne n’est pas une réaction de panique, mais une réponse organisée pour défendre leurs intérêts face à un projet qui pourrait les marginaliser.
Une autre préoccupation des chefs autochtones albertains concerne une possible influence américaine dans le mouvement séparatiste. Certains militants ont évoqué la possibilité qu’une Alberta indépendante se rapproche des États-Unis, voire les rejoigne un jour. Trevor Mercredi a souligné que les chefs signataires du Traité no 8 ont adopté une résolution demandant une enquête sur le financement et les appuis dont bénéficierait le mouvement séparatiste. Il a exprimé des doutes sur les liens entretenus par certains responsables et militants albertains avec des acteurs américains, sans pour autant accuser une trahison. Il a estimé que la transparence sur ces questions serait essentielle pour comprendre les motivations derrière ce mouvement.
Au-delà des frontières albertaines et québécoises, Trevor Mercredi a assuré que les Premières Nations du Canada sont unies contre toute tentative de sécession menée sans leur participation. Il a évoqué une solidarité nationale qui devra être transformée en stratégie concrète pour faire face aux défis posés par le séparatisme albertain. La rencontre avec Francis Verreault-Paul s’inscrit dans cette volonté de créer des liens et de partager des expériences pour préparer une réponse commune. Cette solidarité sera mise à l’épreuve lors de discussions prévues le 26 octobre 2024, où des dirigeants autochtones rencontreront le premier ministre Mark Carney et les premiers ministres provinciaux et territoriaux pour aborder, entre autres, la question de l’indépendance de l’Alberta.

