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Réseaux sociaux, algorithmes

The Conversation France · mis à jour il y a 11 j

La loi Ripost prolonge jusqu’en 2030 le dispositif de vidéosurveillance algorithmique, initialement conçu pour la stricte durée des Jeux olympiques de Paris 2024. HJBC/Shutterstock (no reuse) L’ESSENTIEL La loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans ( finalement censurée par le Conseil constitutionnel ) aurait imposé une vérification d’âge à tous les utilisateurs.

Deux lois controversées

En juillet 2026, le Parlement français a adopté deux lois qui illustrent une tendance à l'extension des outils de surveillance. La première visait à interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, imposant une vérification d'âge pour tous les utilisateurs. La seconde, appelée loi Ripost, prolonge jusqu'en 2030 un dispositif de vidéosurveillance algorithmique initialement limité aux Jeux olympiques de Paris 2024. Ces lois, bien que ciblant des publics spécifiques, ont en commun un mécanisme de contrôle qui dépasse largement leur objectif initial. Le Conseil constitutionnel a ensuite censuré la première loi en août 2026, estimant que le dispositif ne garantissait pas suffisamment la protection de la vie privée.

La prison comme laboratoire

La surveillance électronique par bracelet, introduite en France dans les années 1990, était initialement réservée à des condamnés en fin de peine jugés peu dangereux. Aujourd'hui, ce dispositif s'est largement généralisé : le nombre de bracelets actifs est passé de 10 000 en 2013 à 16 200 en 2024, soit une hausse de 47 % en deux ans, sans que cela réduise la population carcérale. Les spécialistes appellent ce phénomène le net widening (élargissement du filet pénal), où la surveillance s'ajoute à l'emprisonnement plutôt que de s'y substituer. Cette tendance montre comment un outil conçu pour une population restreinte finit par s'étendre à l'ensemble des condamnés.

Vérification d'âge en ligne

Pour interdire l'accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, la loi prévoyait une vérification d'âge pour tous les utilisateurs. Ce mécanisme repose sur un tiers de confiance, une entité extérieure qui vérifie l'âge (via une pièce d'identité ou une estimation faciale) sans révéler l'identité de l'utilisateur. Cependant, l'association La Quadrature du Net a souligné que ce dispositif ne garantit pas un véritable anonymat, mais seulement un cloisonnement des données entre la plateforme et le vérificateur. Le Conseil constitutionnel a censuré cette loi, estimant que le dispositif ne respectait pas suffisamment la vie privée, mais la question de la protection des mineurs reste d'actualité.

Capitalisme de surveillance

Les grandes plateformes numériques transforment nos comportements en ligne en données, puis en prédictions vendues sur un marché des comportements futurs. La sociologue Shoshana Zuboff appelle ce phénomène le capitalisme de surveillance. Contrairement aux lois, ce modèle économique repose sur une intention explicite de monétiser les données personnelles. Cependant, structurellement, les deux dynamiques (législative et économique) se rejoignent : une infrastructure conçue pour un usage précis finit par contrôler l'ensemble de la population, sans que cette intention initiale soit nécessairement présente.

Vidéosurveillance algorithmique

La vidéosurveillance algorithmique, qui couple des caméras à des logiciels d'intelligence artificielle pour détecter des comportements suspects, avait été autorisée temporairement pour les Jeux olympiques de Paris 2024. Un rapport du Sénat a révélé que ce dispositif n'a été utilisé que 47 fois, pour 30 manifestations et 60 lieux, avec un coût de 0,9 million d'euros. Malgré ce bilan modeste, la loi Ripost a prolongé son usage jusqu'en 2030 et l'a étendu à l'intérieur des bâtiments publics. Ce changement ouvre un marché estimé à 6 milliards d'euros pour les entreprises de sécurité, rendant son retrait politiquement improbable.

Ce que ça pourrait changer

Les quatre terrains (prison, réseaux sociaux, plateformes numériques, espace urbain) illustrent un même processus : un dispositif de contrôle conçu pour une cible précise finit par s'étendre et se banaliser. Ce phénomène, appelé *hypersurveillance*, modifie la nature des dispositifs de surveillance, passant d'une exception à une condition ordinaire de la liberté. La *CNIL* a souligné que ces outils ne représentent pas une simple évolution technologique, mais une transformation du rapport entre une société et ceux qu'elle observe. Ce processus silencieux interroge sur les limites de la liberté dans un monde où la visibilité devient une condition d'existence.

Sujets complémentaires

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