Des patients inscrits sans être vus : faut-il revoir la porte d’entrée?
Des voix s’élèvent pour que les patients collectifs puissent prendre rendez-vous dans leur GMF attitré..
En 2026, Véronique Lapointe, une Montréalaise, illustre les difficultés d’accès aux soins au Québec après avoir été prise en charge collectivement par une clinique. Elle souligne que l’obtention d’un rendez-vous médical ressemble à une lotterie, où l’équité d’accès n’est pas garantie. Entre le 1er janvier et le 31 juillet 2026, près de la moitié des rendez-vous attribués via le Guichet accès première ligne (GAP) à des patients inscrits collectivement ont été donnés dans une autre clinique que celle qui leur était attribuée. À l’inverse, 75 % des patients ayant un médecin de famille attitré ont pu obtenir un rendez-vous. Le GAP est un système québécois centralisant les demandes de rendez-vous pour la première ligne de soins, mais son fonctionnement actuel est critiqué pour son manque de fluidité et d’efficacité.
La clinique District médical à Montréal, où 25 % des 100 000 patients sont pris en charge collectivement, fonctionne selon un modèle partagé entre infirmières, pharmaciens, travailleurs sociaux et nutritionnistes. Cependant, ce modèle se heurte à des limites organisationnelles. Par exemple, 55 % des rendez-vous attribués à des patients normalement suivis dans cette clinique ont été donnés ailleurs. La Dre Sabrine Manoli, directrice médicale, explique que la principale contrainte réside dans le fait que les patients collectifs doivent obligatoirement appeler le 811 (un numéro de téléphone dédié aux services de santé) pour prendre rendez-vous, alors qu’ils pourraient utiliser un portail en ligne s’ils étaient directement affiliés à la clinique. Ce système actuel crée des délais et une fragmentation des soins.
Le GAP, qui gère les demandes de rendez-vous pour la première ligne, ne respecte pas toujours ses propres objectifs. Entre le 1er janvier et le 31 juillet 2026, 100 % des patients n’ont pas systématiquement reçu un rappel sous 36 heures, comme prévu par Québec. Dans les dernières semaines, 3 patients sur 10 n’avaient toujours pas eu de nouvelles après ce délai. Malgré cela, le GAP affirme avoir offert 30 % de rendez-vous en plus cet été par rapport à l’été précédent. Les raisons invoquées par Québec pour expliquer ces retards incluent une hausse du volume d’appels, une complexité accrue des demandes, un manque de personnel et un nombre insuffisant de plages de rendez-vous disponibles.
Pour améliorer la situation, Mylaine Breton, professeure à l’Université de Sherbrooke, propose de confier la gestion des rendez-vous directement aux cliniques, ce qui les rendrait responsables de l’accès aux soins pour leurs patients inscrits. Elle critique la réforme actuelle, jugée incomplète, car elle ne permet pas une continuité relationnelle et informationnelle optimale. Elle souligne que pour 20 000 patients, une clinique doit disposer des ressources humaines et matérielles nécessaires pour répondre à leurs besoins. La Dre Ariane Murray, directrice médicale du Département territorial de médecine familiale (DTMF) de Montréal, partage cet avis et cite des initiatives locales où les cliniques gèrent déjà les rendez-vous de suivi pour leurs patients, même après une première visite dans une autre clinique.
Le GAP joue un rôle central dans l’accès aux soins au Québec, mais son fonctionnement est contesté. Selon l’entente entre Québec et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), les patients doivent d’abord être référés par le GAP pour que les médecins puissent être rémunérés. La FMOQ reconnaît la nécessité d’améliorer le système, mais rappelle que le GAP permet aussi d’accéder à d’autres professionnels de santé (comme des infirmières) sans passer par un médecin de famille. De plus, le GAP peut attribuer des rendez-vous dans d’autres cliniques si aucune place n’est disponible dans la clinique responsable. Malgré ces avantages, la complexité du système et les délais persistent, poussant certains acteurs à demander une refonte de la porte d’entrée pour simplifier l’accès aux soins.
Malgré les défis, des progrès sont observés. Juste à Montréal, plus de 11 000 places de rendez-vous ont été offertes la première semaine de septembre 2026, soit près de 50 % de plus que l’année précédente. Ces places ont été utilisées à 98 % par le réseau de santé. Ces chiffres montrent une augmentation de l’offre, mais aussi une demande croissante. Les initiatives locales, comme les formulaires de suivi ou les plages dédiées, tentent de mieux organiser l’accès aux soins, mais leur efficacité dépendra de la capacité des cliniques à absorber cette charge de travail et à embaucher du personnel supplémentaire.

