Coupe du monde 2026 : l’étoffe des héros est en textile recyclé
Pour ce Mondial de football, Nike a habillé 16 équipes, parmi lesquelles la France, les États-Unis et le Brésil, de tenues haute performance composées “à 100 % de déchets textiles”. Le média environnemental “Grist” explique que cette avancée annoncée pour la mode circulaire n’en est pourtant pas une..
Pour la première fois lors d’une Coupe du monde de football, 16 équipes porteront des tenues fabriquées à 100 % à partir de déchets textiles recyclés, selon Nike. Cette initiative marque un tournant symbolique dans l’industrie de la mode sportive, souvent critiquée pour son impact environnemental. Le géant américain des articles de sport a collaboré avec deux entreprises spécialisées dans le recyclage chimique pour produire ces vêtements dits « haute performance ». Cependant, le média américain Grist, engagé dans la défense du climat, souligne que la réalité est plus nuancée que la promesse d’une mode circulaire et recyclable à l’infini. Aucune date n’est précisée pour une accessibilité grand public de ces produits.
Le recyclage chimique est présenté comme une solution d’avenir pour produire du polyester de qualité similaire à du polyester vierge. Cette méthode utilise des solvants pour dissoudre les fibres de vêtements usagés, permettant de les transformer en nouvelles matières premières. Cependant, son efficacité est limitée : elle fonctionne mieux avec des déchets industriels (comme des chutes de production) qu’avec des vêtements déjà portés, dont les compositions sont souvent complexes (mélanges de nylon, coton, élasthanne, colorants, etc.). Selon Nusa Urbancic, de l’association Changing Markets Foundation, cette technologie sert parfois de prétexte pour continuer à produire des vêtements en plastique, plutôt que de réduire la production globale.
L’industrie textile est l’un des secteurs les plus polluants au monde. Elle est responsable de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et génère une quantité massive de déchets, avec 100 milliards d’articles produits chaque année. Aujourd’hui, 70 % des vêtements sont fabriqués à partir de fibres dérivées du pétrole, comme le polyester, qui est une matière plastique. Plutôt que de diminuer la production, de nombreuses marques, dont Nike, misent sur la circularité du polyester pour réduire leur empreinte écologique. La circularité désigne un modèle économique où les matériaux sont réutilisés ou recyclés en boucle, limitant ainsi le gaspillage.
Le recyclage des vêtements usagés se heurte à plusieurs obstacles. Les mélanges de fibres (coton, polyester, élasthanne, etc.) et la présence de colorants compliquent le processus de recyclage, surtout avec les méthodes chimiques actuelles. De plus, les vêtements en fin de vie sont souvent de mauvaise qualité ou difficiles à trier, ce qui réduit leur potentiel de recyclage. Un exemple concret est donné par la Suède, confrontée à une « impasse du recyclage textile » en raison des montagnes de tissus accumulés. Ces défis expliquent pourquoi les rayons des magasins ne seront pas remplis de vêtements issus du recyclage chimique « de sitôt », selon les spécialistes.

