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Société

La gen Z refuserait de se faire exploiter au travail? En réalité, c'est un peu plus complexe

Slate FR · mis à jour il y a 13 j

La génération Z est devenue le synonyme d'une jeunesse qui aurait réinventé son rapport au travail, en disant non au management toxique et aux carrières sacrifiées. Une étiquette flatteuse, mais qui oublie les membres moins fortunés de cette classe d'âge, obligés d'enchaîner les boulots alimentaires, faute de mieux..

Image vs réalité

Les réseaux sociaux et les médias dépeignent souvent la génération Z (née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010) comme une jeunesse refusant toute contrainte au travail, prête à démissionner face à un manager toxique ou un salaire insuffisant. Cependant, cette image flatteuse masque une réalité bien plus complexe. Selon les chiffres de l'Insee au premier trimestre 2026, 21,1 % des jeunes de 15 à 24 ans actifs étaient au chômage, soit une hausse de deux points en un an et un taux plus de deux fois supérieur à celui de l'ensemble de la population active. Cette statistique révèle que les trajectoires professionnelles des jeunes sont loin d'être uniformes et que la précarité touche une part importante de cette génération.

Précarité et survie

Pour certains jeunes, comme Ilyes, 18 ans, issu d'un milieu modeste et sans diplôme supérieur au baccalauréat, le travail est avant tout une question de survie. Il enchaîne des emplois précaires (charpentier, livreur, préparateur de commandes en 3x8) dans des conditions qu'il qualifie d'horribles. Son témoignage illustre comment les jeunes issus de milieux défavorisés subissent des contraintes fortes : horaires épuisants, management autoritaire, et impossibilité de refuser un emploi par peur de perdre leur source de revenus. Ilyes, jeune homme noir issu d'un quartier prioritaire, a envoyé plus de 100 CV pour une alternance dans l'industrie sans obtenir de réponse, soulignant les discriminations à l'embauche qui s'ajoutent à ces difficultés.

Ressources et choix

Dominique Glaymann, professeur émérite de sociologie, souligne que le rapport au travail des jeunes ne dépend pas de leur âge, mais de leurs ressources financières. Les jeunes issus de familles aisées peuvent se permettre d'être plus exigeants envers un employeur, voire de démissionner pour des raisons stratégiques. En revanche, pour ceux comme Ilyes, le travail reste une contrainte imposée par la nécessité. Cette distinction met en lumière les inégalités sociales au sein même de la génération Z, où les privilèges économiques conditionnent la capacité à refuser des conditions de travail indésirables.

Discriminations à l'embauche

Les discriminations à l'embauche persistent et affectent particulièrement les jeunes, notamment ceux perçus comme d'origine étrangère. Une enquête de la Défenseure des droits et de l'OIT, menée entre 2016 et 2024, révèle une augmentation des discriminations dans l'emploi. Les jeunes, en tant que débutants sur le marché du travail, sont particulièrement vulnérables aux variations économiques : en période de ralentissement, les premiers emplois supprimés sont souvent les CDD, les contrats temporaires et les postes pour débutants. Ces mécanismes aggravent les inégalités et limitent les opportunités pour une partie de la jeunesse.

Stéréotypes générationnels

Le concept de génération Z est critiqué par les sociologues comme Dominique Glaymann et Florence Ihaddadene, maîtresse de conférences à l'université de Picardie Jules-Verne. Selon eux, ce terme est un terme managérial ou une mode médiatique qui masque les inégalités de classe au sein des jeunes. Florence Ihaddadene précise qu'il n'existe pas de génération Z homogène : les jeunes sont aussi divers socialement que le reste de la population. Cette étiquette générationnelle, en attribuant des comportements uniformes à tous les jeunes, invisibilise ceux qui n'ont pas les moyens financiers de refuser des emplois précaires ou toxiques.

Ce que ça pourrait changer

Pour certains jeunes, comme Tom, 24 ans, les conditions de travail insoutenables deviennent la norme par manque de comparaison. Tom a travaillé dans l'hôtellerie-restauration depuis 18 ans, subissant des propos sexistes de la part de son manager (*« C'est un milieu d'hommes, tu ne vas pas faire ta chochotte »*). Habitué à cette ambiance délétère, il a adopté des comportements autodestructeurs (jeux vidéo tardifs, consommation de drogues douces) pour tenir le rythme. Son témoignage révèle comment la précarité et l'absence de soutien familial peuvent pousser à accepter l'inacceptable, jusqu'à un *burn-out* (épuisement professionnel) qui l'a finalement contraint à quitter son emploi.

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