En Turquie, Erdogan s’attaque à l’une des plus puissantes confréries religieuses
Alihan Kuris, dirigeant de la communauté religieuse des Süleymancilar et petit-fils de son fondateur, a été arrêté jeudi 13 août, comme 48 de ses proches et lieutenants. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, lui-même issu de l’islam politique, entend consolider son pouvoir sur les conservateurs et se débarrasser d’une opposition gênante, analysent les médias d’opposition..
Le 13 août 2026, Alihan Kuris, dirigeant de la communauté religieuse des Süleymancilar, a été arrêté en Turquie avec 48 de ses proches et lieutenants. Alihan Kuris est le petit-fils de Süleyman Hilmi Tunahan, fondateur de cette confrérie soufie conservatrice, décédé en 1959. Les autorités turques l'accusent de constitution d'une bande criminelle organisée et de blanchiment d'argent. Cette arrestation s'inscrit dans une stratégie plus large du président turc Recep Tayyip Erdogan pour consolider son pouvoir face aux oppositions, y compris au sein des milieux conservateurs religieux. Les Süleymancilar, forte de centaines de milliers de membres, étaient historiquement hostiles au parti d'Erdogan, l'AKP, et plus proches d'autres formations politiques de droite.
En réponse à cette arrestation, des milliers de membres de la confrérie se sont rassemblés le 15 août 2026 à Ankara pour une prière collective silencieuse dans un parc de la capitale. Cet événement marque une protestation contre les actions du gouvernement turc et reflète la mobilisation des fidèles autour de leur leader. Les médias locaux, comme le quotidien kémaliste Korkusuz, ont souligné la découverte de 200 kilos d'or, d'une valeur estimée à 24 millions d'euros, au domicile du frère d'Alihan Kuris. Cette découverte a été présentée comme une preuve de la corruption au sein de la confrérie, bien que les détails de l'enquête ne soient pas encore publics.
Recep Tayyip Erdogan, président turc issu de l'islam politique, mène depuis plusieurs années une politique de neutralisation de ses opposants. Après avoir ciblé les branches politiques et médiatiques de l'opposition, il s'attaque désormais à une confrérie religieuse puissante, les Süleymancilar, historiquement proche des milieux conservateurs mais critique envers l'AKP. Cette stratégie vise à renforcer son emprise sur les conservateurs et à éliminer toute source de contestation interne. Les Süleymancilar, bien que conservateurs, n'ont pas toujours soutenu Erdogan, ce qui en fait une cible stratégique pour le président turc.
Les accusations portées contre Alihan Kuris et ses proches incluent la constitution d'une bande criminelle organisée et le blanchiment d'argent. Ces termes désignent des activités illégales menées par un groupe structuré, souvent dans un but lucratif. Le montant de 24 millions d'euros, lié à la découverte d'or, illustre l'ampleur des sommes en jeu et renforce les soupçons de malversations financières. Ces accusations, si elles sont confirmées, pourraient affaiblir durablement la confrérie et servir les intérêts politiques d'Erdogan en éliminant un rival au sein de l'électorat conservateur.
Les *confréries religieuses* en Turquie, comme les Süleymancilar, sont des communautés soufies qui jouent un rôle social et spirituel important depuis des siècles. Le soufisme est une branche de l'islam axée sur la recherche spirituelle et la proximité avec Dieu. Ces confréries, souvent organisées autour d'un maître spirituel, peuvent influencer des millions de fidèles et peser sur la vie politique du pays. Historiquement, elles ont entretenu des relations complexes avec les pouvoirs en place, parfois en opposition, parfois en collaboration. Leur pouvoir économique et leur influence sociale en font des acteurs incontournables dans la Turquie conservatrice.

