En Turquie, Erdogan s’attaque à l’une des plus puissantes confréries religieuses
La récente arrestation du dirigeant de la confrérie soufie des Süleymancilar, l’une des plus influentes de Turquie, marque une escalade dans la stratégie d’Erdogan pour éliminer toute opposition interne, y compris au sein de l’islam conservateur. Cette opération, présentée comme une lutte contre le crime organisé, révèle une instrumentalisation du droit pour affaiblir un acteur religieux historique, historiquement critique envers l’AKP, et consolider un pouvoir déjà largement dominant.
Quels sont les chefs d’accusation retenus contre Alihan Kuris et ses proches ?
Les autorités turques ont inculpé Alihan Kuris, dirigeant des Süleymancilar, et 48 de ses proches pour constitution d’une bande criminelle organisée et blanchiment d’argent, selon les médias d’opposition. Ces accusations, souvent utilisées contre les opposants politiques en Turquie, s’accompagnent de la saisie de 200 kg d’or, soit environ 24 millions d’euros, au domicile du frère de Kuris.
Pourquoi Erdogan cible-t-il spécifiquement les Süleymancilar après avoir neutralisé d’autres oppositions ?
Les Süleymancilar représentent une menace symbolique pour Erdogan, car cette confrérie soufie conservatrice, historiquement proche de la droite non islamiste, a toujours maintenu une distance critique avec l’AKP. Leur neutralisation s’inscrit dans une logique de purge systématique des contre-pouvoirs, même religieux, pour éviter toute alternative à l’hégémonie politique du président turc.
Quelle a été la réaction des membres de la confrérie après les arrestations ?
Des milliers de membres des Süleymancilar se sont rassemblés à Ankara le 15 août pour une prière collective silencieuse en protestation contre les arrestations, selon le média T24. Ce rassemblement, bien que pacifique, illustre la capacité de mobilisation de la confrérie, malgré les accusations portées contre ses dirigeants.
Quel lien existe entre Erdogan et l’islam politique en Turquie, et comment cette affaire s’y intègre-t-elle ?
Erdogan, issu de l’islam politique, a longtemps instrumentalisé les réseaux religieux pour consolider son pouvoir, notamment via la Diyanet, l’institution religieuse d’État. Cependant, cette affaire révèle une rupture : Erdogan ne tolère plus aucune autonomie au sein de l’islam conservateur, même parmi ses alliés traditionnels, car ces structures pourraient servir de relais à une opposition future.
Ce que ça pourrait changer
Cette offensive contre les Süleymancilar pourrait renforcer la mainmise d’Erdogan sur les institutions religieuses et affaiblir les dernières structures critiques au sein du conservatisme turc. À plus long terme, elle risque d’accélérer la polarisation de la société autour d’un islam d’État, tout en alimentant les tensions avec les minorités religieuses et les défenseurs des libertés individuelles en Turquie.

