«Prendre soin de vous en prenant soin du monde» : les conseils du psychologue Pierre-Éric Sutter pour faire face à l’éco-anxiété
Qu’est-ce que l’éco-anxiété, qui a touché plus de 15 millions de Français·es cet été ? Comment reconnaître le moment où elle devient envahissante ? Auprès de Vert, le psychologue Pierre-Éric Sutter livre ses conseils pour apprivoiser l’angoisse et la transformer en action..
Lors de l'été 2026, marqué par une troisième vague de chaleur intense fin juillet, une étude de l'Observatoire de l'éco-anxiété (Obseca) révèle que 15 millions de Français·es ont ressenti des symptômes d'éco-anxiété. Cette enquête, dirigée par le psychologue Pierre-Éric Sutter, souligne un record historique dans la reconnaissance de cette inquiétude face à la crise environnementale. L'éco-anxiété désigne ici une préoccupation légitime envers les dégradations écologiques, allant de simples inquiétudes passagères à des états psychologiques envahissants. L'Obseca, dont Pierre-Éric Sutter est président, joue un rôle central dans l'étude et la compréhension de ce phénomène en France.
L'éco-anxiété n'a pas de définition médicale consensuelle, mais Pierre-Éric Sutter la décrit comme une inquiétude vis-à-vis de la crise environnementale, pouvant évoluer en intensité. Elle se distingue en deux formes : l'éco-anxiété adaptative, qui motive à agir sans nuire à la santé mentale, et l'éco-anxiété mal-adaptative, qui devient envahissante et peut mener à des troubles psychiques comme une dépression ou un trouble anxieux généralisé. Par exemple, une personne adaptative pourrait modifier ses habitudes pour réduire son empreinte écologique, tandis qu'une personne mal-adaptative pourrait être paralysée par des pensées comme « On va tous mourir » ou « À quoi bon vivre ? ».
L'éco-anxiété mal-adaptative se manifeste par des symptômes psychologiques graves, tels que des ruminations (répétition mentale de pensées négatives), une peur constante, une perte de motivation, des troubles du sommeil, des crises de larmes spontanées ou des pensées suicidaires. Ces signes indiquent que l'inquiétude a dépassé le stade d'une réaction saine et nécessite une prise en charge professionnelle. Par exemple, une personne pourrait rester alitée pendant des jours, incapable d'agir ou de se projeter dans l'avenir, en raison de l'ampleur de sa détresse.
L'éco-anxiété est souvent confondue avec une maladie, alors qu'elle est une réaction légitime à un contexte environnemental dégradé. Pierre-Éric Sutter insiste sur la distinction entre la cause (la crise écologique, dont les responsabilités relèvent du politique) et la conséquence (la souffrance psychologique des individus). Il rejette l'idée que l'éco-anxiété soit une faiblesse, soulignant que respirer un air pollué ou dépendre de ressources naturelles en danger justifie rationnellement cette inquiétude. Reconnaître cette souffrance ne signifie pas nier les causes structurelles du dérèglement climatique.
La peur est un mécanisme psychologique naturel qui signale un danger. Dans le cas de l'éco-anxiété, elle peut jouer un rôle adaptatif en incitant à agir pour protéger l'environnement. Par exemple, une personne informée des risques de sécheresse pourrait adopter des gestes comme réduire sa consommation d'eau ou privilégier les transports en commun. Cependant, lorsque cette peur devient incontrôlable, elle peut au contraire paralyser et nuire à la santé mentale. L'objectif est donc d'apprendre à canaliser cette énergie pour en faire une force motrice plutôt qu'une source d'angoisse.
Pierre-Éric Sutter propose un accompagnement en cinq étapes pour aider les personnes souffrant d'éco-anxiété mal-adaptative. La première consiste à réduire la surcharge cognitive en limitant l'exposition aux informations négatives répétées, tout en équilibrant avec des exemples de solutions concrètes. La deuxième étape vise la régulation émotionnelle, en apprenant à comprendre et apprivoiser ses peurs. La troisième étape encourage à renoncer au mythe du sauveur, en acceptant que l'on ne peut pas tout résoudre seul. La quatrième propose de construire un écoprojet aligné avec ses compétences et ressources. Enfin, la cinquième étape consiste à retrouver l'espérance en célébrant les petites victoires, comme avoir surmonté une peur ou mené à bien une action écologique.
Passer à l'action ne suffit pas toujours à soulager l'éco-anxiété, car une personne seule ne peut résoudre la crise environnementale. Certains patients expriment une frustration en réalisant que leurs écogestes n'ont pas d'impact global. Pierre-Éric Sutter met en garde contre le burn-out écologique, qui touche aussi certains militants trop investis. Il souligne l'importance de distinguer ce qui dépend de soi (comme trier ses déchets) de ce qui n'en dépend pas (comme les politiques climatiques nationales). L'objectif est de rééquilibrer son pouvoir d'agir pour éviter l'épuisement et retrouver un équilibre mental.
En été 2026, le gouvernement français publie un guide pour gérer l'éco-anxiété, inspiré d'un rapport de l'Ademe (Agence de la transition écologique) auquel Pierre-Éric Sutter a contribué en 2025. Si le fond du guide est jugé pertinent, sa **forme est critiquée** par le psychologue. En effet, dans un contexte où les crises environnementales s'aggravent (canicules, mégafeux, sécheresses), le guide aborde uniquement les conséquences psychologiques sans évoquer les **causes politiques** de l'inaction climatique. Pour Pierre-Éric Sutter, cette approche est une **maladresse de communication**, car elle occulte la responsabilité de l'État dans la gestion de la crise écologique.

