Remous à Bruxelles à l’approche d’un concert du chef d’orchestre israélien Lahav Shani
Démissions, pétitions : des voix s’élèvent pour faire annuler la venue de Lahav Shani au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, prévue en novembre prochain. Il n’a pas directement soutenu la guerre ou le gouvernement, mais selon les partisans du boycott, Shani contribue, en tant que directeur musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël, à représenter le pays et à normaliser son image, alors que des actions dévastatrices se poursuivent à Gaza et en Cisjordanie..
Un concert du chef d’orchestre israélien Lahav Shani est prévu au palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar) le 24 novembre 2026. Lahav Shani, âgé de 37 ans, est actuellement directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Munich, mais il a aussi dirigé l’Orchestre philharmonique d’Israël (IPO) depuis 2020. Ce dernier poste est au cœur de la polémique, car il place Shani dans une position symbolique : il représente officiellement Israël sur la scène culturelle internationale. Le concert à Bruxelles cristallise les tensions autour de cette représentation, dans un contexte de guerre persistante entre Israël et le Hamas à Gaza et en Cisjordanie.
Depuis mai 2026, des pressions s’intensifient pour annuler le concert de Shani à Bruxelles. Trois membres du conseil d’administration du Bozar ont démissionné en signe de protestation, estimant que la programmation d’un artiste lié à Israël envoie un message politique fort. Mohamed Ouachen, l’un des démissionnaires, a expliqué que diriger l’IPO fait de Shani « l’un des représentants culturels du pays », ce qui, selon lui, donne une légitimité indirecte aux actions du gouvernement israélien. Ces actions sont qualifiées de « génocide » par Amnesty International et d’« apartheid » par la Cour internationale de justice (CIJ).
Le conflit entre Israël et le Hamas, qui a débuté après les attaques du 7 octobre 2023, reste très présent dans les débats. Malgré un cessez-le-feu décrété en 2025, les violences se poursuivent à Gaza et en Cisjordanie. Cette situation alimente les critiques contre toute forme de normalisation culturelle avec Israël. Les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International, dénoncent régulièrement les politiques israéliennes, tandis que la CIJ a rendu un avis en 2024 qualifiant la situation de « régime d’apartheid ». Ces éléments renforcent les arguments des opposants à la venue de Shani en Belgique.
Le Bozar a réagi aux démissions en défendant sa position avec un « plaidoyer pour la nuance ». L’institution culturelle belge souligne l’importance de la liberté artistique et du dialogue, même dans des contextes sensibles. Elle n’a pas annoncé l’annulation du concert, malgré les pressions croissantes. Cette affaire rappelle un précédent : en 2025, un festival à Gand avait déjà déprogrammé Shani pour des raisons similaires, illustrant la polarisation autour de la question palestinienne en Europe.
Cette polémique soulève une question plus large : faut-il boycotter les artistes liés à des pays dont les gouvernements sont critiqués pour leurs actions ? Pour les opposants au concert, la réponse est oui, car la culture peut servir à « blanchir » l’image d’un État. Pour les défenseurs, comme le Bozar, la culture doit rester un espace de neutralité et de dialogue. Lahav Shani lui-même n’a pas pris position publiquement sur le conflit israélo-palestinien, ce qui complexifie encore le débat. La décision finale du Bozar pourrait donc avoir des répercussions au-delà du monde musical.

