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Des séparateurs de vapeur de 95 tonnes chacun : la première centrale nucléaire au monde refroidie au plomb est en construction

Science & Vie · mis à jour il y a 3 h

La centrale nucléaire refroidie au plomb construite en Sibérie a reçu deux séparateurs de vapeur de 95 tonnes. Hauts de 16 mètres, ils protégeront les aubes de la turbine en séchant la vapeur.

Deux géants de vapeur

En octobre 2026, deux séparateurs de vapeur de 95 tonnes chacun ont été installés dans la salle des machines du chantier BREST-OD-300, situé à Seversk en Sibérie. Ces équipements, hauts de 16 mètres, sont conçus pour assécher la vapeur avant qu’elle n’atteigne les aubes de la turbine. Leur rôle est crucial : en éliminant les gouttelettes d’eau présentes dans la vapeur, ils protègent les turbines de l’érosion et améliorent le rendement énergétique de la centrale. Ces séparateurs-surchauffeurs fonctionnent en deux étapes : ils retirent d’abord l’humidité de la vapeur, puis la réchauffent avant son passage dans la turbine basse pression. Ce type de technologie est déjà utilisé dans certaines centrales nucléaires à double circuit, comme celles équipées de réacteurs à eau pressurisée en France. Leur installation marque une étape clé dans la construction de cette centrale, qui utilise une technologie innovante pour refroidir son réacteur.

Un réacteur au plomb

La centrale BREST-OD-300 se distingue par son système de refroidissement innovant : elle utilise du plomb fondu au lieu d’eau sous pression, comme c’est le cas dans la majorité des réacteurs nucléaires actuels. Le plomb fondu reste liquide à très haute température et ne se vaporise pas, ce qui évite les risques de montée en pression dans le circuit primaire. Cette particularité permet une meilleure sécurité et une gestion simplifiée des températures. Le réacteur est conçu pour fonctionner avec un combustible spécifique, appelé MNUP, un mélange de nitrures d’uranium et de plutonium. Contrairement aux réacteurs classiques, qui utilisent principalement de l’uranium enrichi, ce réacteur à neutrons rapides peut consommer des matières nucléaires considérées comme des déchets par les autres centrales. Rosatom, l’entreprise russe gestionnaire du projet, vise un cycle fermé : le combustible usé serait retraité sur place pour être réutilisé dans le réacteur, réduisant ainsi les besoins en stockage à long terme.

Défis techniques persistants

Malgré les avancées du projet, plusieurs défis techniques restent à surmonter avant la mise en service de la centrale. Le plomb se solidifie en dessous de 327 °C, ce qui impose de maintenir en permanence le circuit à une température supérieure. Cette contrainte nécessite une surveillance constante et des systèmes de chauffage dédiés. Par ailleurs, le communiqué officiel ne précise ni la date de mise en service, ni les performances réelles de la centrale, ni les résultats des essais déjà réalisés. Les objectifs annoncés, comme un rendement optimal ou un cycle de combustible fermé, sont encore théoriques et devront être validés lors de l’exploitation. Le chantier doit également finaliser les fondations du turbogénérateur d’ici la fin 2026, une étape essentielle avant l’installation de la turbine et son raccordement aux séparateurs de vapeur.

Ce que ça pourrait changer

Le chantier BREST-OD-300 est situé à Seversk, en Sibérie, et dépend du **Combinat chimique de Sibérie**, une filiale du groupe nucléaire russe **Rosatom**. Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large visant à développer des réacteurs à neutrons rapides, une technologie considérée comme prometteuse pour l’avenir du nucléaire. Un autre réacteur rapide, le **BN-1200M**, est actuellement en conception pour la centrale de Beloïarsk. Contrairement au BREST-OD-300, qui utilise du plomb fondu, le BN-1200M emploie du **sodium liquide** comme caloporteur, une solution déjà éprouvée mais qui présente un risque d’inflammation au contact de l’air. La centrale de Seversk, une fois opérationnelle, devrait fournir **300 mégawatts électriques** au réseau, un apport significatif mais modeste comparé aux réacteurs de grande puissance comme ceux du parc français.

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