Au Portugal, le mirandais veut exister hors de l’école
Langue minoritaire du Portugal enseignée à Miranda do Douro, dans le nord-est du pays, le mirandais dispose enfin de son premier manuel scolaire. Mais ses défenseurs veulent désormais la faire vivre hors de l’école et de l’intimité familiale, dans la culture, l’administration et la vie quotidienne.
Le mirandais est une langue parlée dans le nord-est du Portugal, principalement dans la région de Miranda do Douro, près de la frontière espagnole. Elle est considérée comme une langue minoritaire car elle est parlée par un nombre restreint de locuteurs comparé au portugais, langue officielle du pays. Historiquement transmise oralement au sein des familles, elle a longtemps été ignorée ou méprisée, comme beaucoup de langues régionales en Europe. Le mirandais partage des similitudes avec l’asturien, une langue parlée dans le nord de l’Espagne, ce qui s’explique par la proximité géographique et les échanges culturels entre les deux régions. Aujourd’hui, ses défenseurs cherchent à lui donner une place dans la société portugaise, au-delà de son enseignement scolaire.
En 2026, après 41 ans d’enseignement officiel du mirandais à l’école (depuis 1985), les élèves de première année (équivalent du CP en France) disposeront enfin d’un manuel scolaire dédié. Auparavant, les enseignants créaient eux-mêmes leurs supports pédagogiques, faute de ressources adaptées. Ce manuel marque une étape importante pour la reconnaissance de la langue, car il standardise son apprentissage et facilite sa transmission aux nouvelles générations. À Miranda do Douro, 485 des 580 enfants scolarisés suivent cet enseignement facultatif, ce qui montre un intérêt croissant pour la langue. Cependant, l’enjeu reste de faire vivre le mirandais en dehors de l’école, dans la vie quotidienne et culturelle.
Pour sortir le mirandais de l’ombre, plusieurs initiatives culturelles ont été lancées. La Constitution portugaise a été traduite en mirandais, tout comme le premier roman de l’écrivain Valter Hugo Mãe, O Nosso Reino. Un ouvrage fondateur, Flores Mirandezas, publié en 1884 par le linguiste José Leite de Vasconcelos, a également été réédité. Ces traductions et rééditions visent à montrer que le mirandais n’est pas seulement une langue orale, mais aussi un outil pour s’exprimer dans des domaines variés, comme la littérature ou la politique. Par exemple, le président portugais António José Seguro a rendu hommage à la langue lors de la Journée du mirandais en 2026, soulignant qu’elle est « une manière de voir le monde ».
La langue minoritaire gagne aussi en visibilité grâce à la culture populaire. En octobre 2026, la bande dessinée Astérix en Lusitanie sera publiée en mirandais, une première pour cette série culte. Ce n’est pas la première fois que le petit Gaulois est traduit dans cette langue, preuve de son ancrage culturel. Par ailleurs, le groupe de musique Trasga, qui chante exclusivement en mirandais, se produit dans tout le Portugal pour rappeler que le pays possède plusieurs langues. Pour ses membres, comme Célio Pires, le mirandais est « la langue dans laquelle nous pensons », bien plus qu’un simple dialecte. Ces projets visent à toucher un public plus large et à normaliser l’usage du mirandais dans la société.
Pour assurer l’avenir du mirandais, une Structure de mission pour la langue mirandaise a été créée avec un plan stratégique sur quatre ans. Ses objectifs incluent la formation d’enseignants, la création de nouveaux locuteurs et la transmission intergénérationnelle. Mais l’ambition principale est de faire vivre la langue en dehors de l’école et de la famille, notamment dans l’administration, la culture et la vie quotidienne. Le plan prévoit aussi de développer une « économie de la langue », en partie grâce au tourisme, pour donner aux habitants des raisons de rester dans la région. La Terra de Miranda, touchée par le dépeuplement, espère ainsi redynamiser son territoire. Aucun chiffre précis ne dénombre encore les locuteurs, mais l’objectif est clair : faire du mirandais « une langue de tous les espaces ».
Longtemps stigmatisée ou cachée, la langue mirandaise est aujourd’hui revendiquée comme un symbole d’identité. Les jeunes, en particulier, n’ont plus honte de la parler, contrairement à leurs aînés qui la considéraient parfois comme un frein social. Cette évolution est encourageante pour ses défenseurs, qui voient dans cette prise de conscience un moyen de préserver la langue. Aníbal Fernandes, un « citoyen mirandais », souligne dans une tribune que pour qu’une langue survive, il faut des locuteurs, mais aussi des communautés dynamiques et des opportunités économiques. Le mirandais, autrefois méprisé, est désormais perçu comme un atout culturel et un marqueur de diversité au Portugal.

