L’Éthiopie et l’Érythrée s’accusent mutuellement «d’agression» sur fond de mouvements de troupes
La possibilité d’une guerre ouverte entre les deux pays suscite la crainte, sachant qu’ils se sont déjà affrontés par le passé..
L’Éthiopie et l’Érythrée entretiennent des relations tendues depuis des décennies, marquées par un conflit territorial et des guerres sanglantes. L’Érythrée a obtenu son indépendance de l’Éthiopie en 1993 après une longue lutte armée. Les deux pays se sont affrontés lors d’une guerre dévastatrice entre 1998 et 2000, qui a causé des dizaines de milliers de morts. Ces tensions persistent en raison de différends non résolus, notamment sur des questions de frontières et d’accès à la mer pour l’Éthiopie, un pays enclavé. Depuis 2018, les relations s’étaient améliorées avec l’arrivée au pouvoir du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, mais elles se sont à nouveau dégradées ces dernières années, chaque pays accusant l’autre de tentatives de déstabilisation.
Les tensions actuelles ont atteint un nouveau sommet avec des accusations mutuelles d’agression. L’Éthiopie accuse l’Érythrée d’avoir déployé entre 5 000 et 8 000 soldats dans l’État régional du Tigré, dans le nord du pays, qualifiant cet acte d’agression flagrante. En réponse, l’Érythrée affirme que c’est l’Éthiopie qui mène une guerre d’agression non provoquée depuis plus de trois ans. Ces accusations sont portées par les ministres des Affaires étrangères des deux pays : Gedion Timothewos pour l’Éthiopie et Yemane Gebremeskel pour l’Érythrée. Les deux parties ont envoyé des lettres aux Nations unies pour défendre leur position, augmentant le risque d’une escalade militaire.
La présence de troupes érythréennes dans le Tigré a provoqué des affrontements avec l’armée fédérale éthiopienne, qui a utilisé des drones pour riposter. Dans la nuit du mercredi 8 au jeudi 9 octobre 2026, des frappes de drones ont eu lieu à Adigrat, une ville située à environ 40 kilomètres de la frontière érythréenne. Les forces érythréennes se sont repliées plus au nord, tandis que les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ont quitté deux villes clés du nord du Tigré, Adigrat et Shire, après ces attaques. Les combats ont également causé des pertes civiles, avec quatre morts et onze blessés lors de pillages dans la région.
Le TPLF, une formation politique qui dirigeait historiquement l’État du Tigré, est au cœur des tensions actuelles. L’Éthiopie accuse l’Érythrée de soutenir les rebelles du TPLF, une accusation qui remonte à la guerre de 2020-2022 entre les forces fédérales éthiopiennes et les rebelles tigréens, soutenus à l’époque par l’Érythrée. Cette guerre avait causé au moins 600 000 morts. Aujourd’hui, les forces rebelles du TPLF se replient dans des zones frontalières avec l’Érythrée, comme Shire, où des milices locales, comme la Force de paix du Tigré (TPF), prennent le relais aux côtés de l’armée fédérale. Certains soldats rebelles désertent, reflétant un désespoir croissant face à la direction du TPLF.
L’accès à la mer est un enjeu central dans ce conflit. L’Éthiopie, pays enclavé, cherche à obtenir un accès à la mer Rouge, notamment via le port érythréen d’Assab. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix en 2019 pour ses efforts de rapprochement avec l’Érythrée, voit cette question comme une priorité stratégique. Cependant, les relations entre les deux pays se sont fortement dégradées depuis octobre 2026, avec la rupture de leurs relations diplomatiques le 1er octobre. Cette situation pourrait pousser l’Éthiopie à étendre son offensive au-delà de ses frontières, selon des experts comme Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région.
Les combats et les déplacements de populations ont des conséquences humanitaires graves. À Shire, une grande ville du Tigré, des pillages ont causé la mort de quatre personnes et blessé onze autres. Les vols commerciaux vers Mekele, la capitale du Tigré, avaient été suspendus en raison des affrontements, mais Ethiopian Airlines a annoncé leur reprise à partir du 11 octobre 2026. Cette reprise indique que les forces fédérales éthiopiennes, soutenues par les milices locales, ont consolidé leur contrôle sur la région. Une administration intérimaire pourrait être mise en place prochainement pour stabiliser la zone.

