En Ukraine, les livres et manuels scolaires manquent à cause des frappes russes
Tout l’été, et jusqu’à la veille de la rentrée, Moscou, qui intensifie ses frappes contre les infrastructures logistiques du pays, a visé dans tout le pays des entrepôts de plusieurs grandes maisons d’éditions, ainsi que des imprimeries. Résultat : plus de 12 millions de livres réduits en cendres !.
Pendant l'été 2026, la Russie a intensifié ses frappes aériennes contre les infrastructures logistiques en Ukraine, ciblant notamment des entrepôts et des imprimeries de grandes maisons d'édition. Ces attaques ont détruit plus de 12 millions de livres, dont 8 millions de livres pour enfants et 620 000 manuels scolaires, selon les estimations. Ces manuels étaient destinés à être distribués aux écoles pour la rentrée scolaire du 1er septembre. Les frappes ont également visé des lieux culturels comme un festival du livre à Kiev, qui a dû être reporté. Ces destructions touchent l'ensemble de la chaîne de production du livre en Ukraine, des auteurs aux imprimeurs, en passant par les logisticiens.
L'entrepôt de la maison d'édition Ranok à Kharkiv, une ville du nord-est de l'Ukraine, a été entièrement détruit par une frappe de drones en plein été 2026. Ce bâtiment de 7 000 m² abritait des millions de livres et de manuels scolaires. L'incendie a duré sept jours et a réduit en cendres une grande partie du stock. Larissa Zoubkova, directrice du centre logistique, décrit cette perte comme une tragédie pour l'économie du livre ukrainien. Elle estime que la reconstruction de la chaîne de production prendrait cinq ans sans aide extérieure, mais seulement six mois avec un financement de 3 millions d'euros. Selon elle, ces attaques visent à fragiliser le moral des familles ukrainiennes pour les pousser à quitter le pays.
À Kharkiv, la librairie KnigoLand, ouverte il y a deux ans et demi en pleine guerre, subit de plein fouet les conséquences de ces destructions. Tetiana, la gérante, observe un appauvrissement des rayons : peu de nouveautés, des manuels scolaires en pénurie et une absence de publications récentes. Malgré cela, les clients continuent de venir pour soutenir la librairie, achetant des livres pour aider à maintenir l'activité. Tetiana souligne que ces attaques sont une grande tragédie pour le secteur du livre, mais que les Ukrainiens refusent de capituler. Elle voit dans cette résistance une façon de défier l'agresseur russe en montrant la résilience du pays.
Ivan Markovitch, poète et fondateur des éditions *Ababalagamama* spécialisées dans la littérature jeunesse, a subi une perte de 300 000 dollars après une frappe sur un entrepôt. Il rappelle que l'ukrainien, langue longtemps marginalisée sous domination russe, s'est imposé progressivement depuis l'indépendance du pays en 1991. Selon lui, la Russie a systématiquement cherché à effacer l'identité ukrainienne, notamment en s'appropriant l'histoire et la culture. Il évoque aussi le sort des 20 000 enfants ukrainiens déportés en Russie, où ils subiraient une *russification forcée* dans les écoles occupées. Pour lui, ces attaques contre les livres sont une tentative de voler l'âme ukrainienne aux nouvelles générations.

