Les huit scénarios de la guerre en Ukraine (texte intégral de la note Sberbank)
Une note interne attribuée à la plus grande banque russe révèle la logique et les impasses du conflit. L’article Les huit scénarios de la guerre en Ukraine (texte intégral de la note Sberbank) est apparu en premier sur Le Grand Continent..
La note de Sberbank présente huit scénarios pour l’évolution du conflit en Ukraine, classés du plus favorable au plus défavorable pour la Russie. Chaque scénario inclut une estimation de sa probabilité, un horizon de mise en œuvre, les stratégies des parties, des données sociologiques, un cadre juridique, ainsi que des facteurs technologiques et des contraintes de ressources. Les probabilités totales s’élèvent à 100 %. Par exemple, le scénario le plus avantageux pour la Russie (avantage militaire décisif) a une probabilité de 7 % et un horizon de 12 à 24 mois.
En avril 2026, l’économie russe montre des signes de tension malgré des indicateurs officiels partiellement rassurants. Le taux directeur de la Banque centrale de Russie est de 15 %, en baisse depuis mars 2026 (15,5 %), mais l’inflation annuelle officielle est de 5,9 %, bien que perçue à 15,6 % par la population. Le taux de change s’établit à 76,97 roubles pour un dollar, 90,01 pour un euro et 11,25 pour un yuan. Le déficit budgétaire du premier trimestre 2026 atteint 4 580 milliards de roubles, contre un plan annuel de 3 800 milliards. Les recettes pétrogazières chutent de 45,4 %, tandis que les dépenses augmentent de 17 %, expliquées par un préfinancement anticipé des contrats.
Le Fonds de la richesse nationale de la Russie, qui représente 1,7 % du PIB, a perdu 4 000 milliards de roubles depuis le début de l’année, passant à 13 600 milliards. Au rythme actuel, sa partie liquide pourrait être épuisée avant la fin 2026. Une alternative consisterait à augmenter l’émission d’obligations d’État, mais la dette publique s’élève déjà à 31 300 milliards de roubles en mars 2026. Le gouvernement envisage d’accroître le déficit et les dépenses militaires, avec un multiplicateur militaire estimé à 1,5 : chaque rouble dépensé en militaire génère 1,5 rouble de PIB, mais au détriment du secteur civil.
L’Ukraine mène depuis 2024 des frappes systématiques contre les infrastructures stratégiques russes, endommageant entre 10 % et 15 % des capacités de raffinage. Parmi les cibles figurent des raffineries comme NORSI à Nijni Novgorod ou des usines à Saratov, Volgograd et Kirichi, ainsi que des plateformes de Lukoil en mer Caspienne. Ces attaques, menées par drones, atteignent des zones situées jusqu’à 1 000 km derrière la ligne de front. L’Ukraine a également développé un nouveau missile de croisière, le Flamingo (FP-5), avec une portée estimée entre 1 000 km et 3 000 km selon les sources, une vitesse de 950 km/h et une charge militaire de 1 000 à 1 150 kg. Sa production dépasse 50 unités par mois, et seulement quatre missiles ont été interceptés par la défense antiaérienne russe en avril 2026.
Les drones sont devenus un facteur déterminant du conflit. La Russie produit entre 7 et 9 millions de drones FPV par an, mais seulement 60 % à 70 % sont utilisables, avec une efficacité au combat de 30 % à 40 %. Le drone Lancet peut désormais rechercher et détruire des cibles sans intervention humaine, et des drones à fibre optique, résistants au brouillage, sont massivement déployés. L’Ukraine, de son côté, produit 200 drones d’attaque à longue portée par jour (6 000 par mois), avec des modèles comme ceux du régiment Nemesis capables de détruire des systèmes de défense antiaérienne comme le Bouk ou le Tor. Les deux camps intègrent progressivement l’intelligence artificielle pour accélérer le cycle observation-orientation-décision-action, réduisant le temps de réaction de plusieurs heures à quelques minutes.
La Russie fait face à une pénurie de main-d’œuvre dans les entreprises de défense, estimée entre 80 000 et 400 000 personnes. En septembre 2025, la production de munitions a connu son premier recul, avec trois domaines critiques : la microélectronique (dépendance aux composants occidentaux), les munitions (limitées par la main-d’œuvre) et les moteurs (surcharge dans l’aviation, la marine et la balistique). Côté mobilisation, la Russie vise 400 000 nouveaux contractuels en 2026, mais n’en recrute que 80 000 par trimestre. Les pertes mensuelles sont estimées entre 20 000 et 25 000 soldats, et 90 % des nouveaux engagés servent à combler ces pertes plutôt qu’à former de nouvelles unités. En Ukraine, la réserve de mobilisation est presque épuisée, et un abaissement de l’âge de mobilisation est envisagé. Le taux de désertion est estimé à 15 % dans les conflits prolongés.
Sur le plan juridique, l’Ukraine a rompu 116 accords avec la Russie, la Biélorussie et la Communauté des États indépendants (CEI). De jure, l’ONU et la majorité des États reconnaissent les frontières de 1991, mais de facto, la Russie contrôle environ 20 % du territoire ukrainien. Le Conseil de sécurité de l’ONU est bloqué par le veto russe. Trois modèles de formalisation juridique sont envisagés : le modèle taïwanais (reconnaissance de facto sans de jure), le modèle chypriote (partition de facto avec une seule partie intégrée à l’UE) ou le modèle RFA/RDA (deux États, une seule nation). L’analogie avec Chypre est la plus pertinente, avec une crise constitutionnelle en Ukraine et une incapacité à contrôler l’ensemble du territoire.
En Russie, le taux d’approbation de Vladimir Poutine est compris entre 67,8 % et 70 % en mars-avril 2026, un niveau historiquement bas depuis 2022, avec une tendance à la baisse. Les sondages indépendants des années précédentes indiquaient un soutien de 70 % à 75 % à l’« opération militaire spéciale », mais les experts estiment que ces chiffres surestiment la réalité de 10 à 15 points en raison de la « spirale du silence ». Le soutien réel serait donc de 55 % à 65 %. Aux États-Unis, le soutien à l’Ukraine a chuté de 60 % à 40-50 % entre 2024 et 2025, avec un effondrement chez les républicains (18 % en 2025 contre 35 % en mars 2025). En Europe, le soutien à l’Ukraine se stabilise, motivé par la volonté de soutenir Kiev à long terme sans escalade du conflit.

