Les hommes seraient en partie responsables de la baisse de la natalité
Le manque d'implication de la gent masculine dans les tâches ménagères pourrait expliquer la diminution de la fécondité. Les experts ne semblent toutefois pas unanimes..
Dans la plupart des pays, le taux de fécondité est inférieur au seuil de renouvellement des générations, qui est d’environ 2,1 enfants par femme. Cela signifie que, sans immigration, les populations diminuent progressivement au fil des décennies. En France, par exemple, le nombre de naissances en 2025 était de 645 000, le niveau le plus bas depuis 1942. Cette tendance n’est pas isolée et touche de nombreux pays, ce qui pose des défis démographiques majeurs pour les systèmes de retraite et la structure des sociétés. Les raisons avancées pour expliquer cette baisse incluent des facteurs économiques, technologiques, environnementaux et sociaux, mais une théorie récente met en lumière le rôle des hommes dans cette dynamique.
L’économiste américaine Claudia Goldin, lauréate du prix Nobel d’économie en 2023, propose une explication originale à la baisse de la natalité. Selon elle, le manque d’implication des hommes dans les tâches ménagères et l’éducation des enfants pousse les femmes à faire un choix économiquement rationnel : avoir moins d’enfants. Goldin souligne que plus les hommes s’engagent de manière crédible dans les responsabilités domestiques, plus les femmes pourraient envisager d’avoir davantage d’enfants, tout en conservant leur autonomie professionnelle et personnelle. Cette théorie s’inscrit dans une vision où l’égalité entre les sexes pourrait, à terme, favoriser une reprise de la natalité.
Historiquement, les femmes assumaient une charge domestique et parentale bien plus lourde que les hommes, ce qui limitait leurs possibilités de carrière et d’épanouissement personnel. Avec l’émancipation féminine, la baisse de la natalité a d’abord été perçue comme une victoire, car elle permettait aux femmes de disposer de plus de liberté et d’autonomie. Cependant, selon Goldin, cette dynamique pourrait s’inverser si les hommes ne s’impliquent pas davantage dans les tâches ménagères et l’éducation des enfants. L’objectif serait de créer un équilibre plus juste au sein des couples, favorisant ainsi des conditions propices à une natalité plus élevée.
Malgré une augmentation de l’implication des hommes dans les tâches domestiques, les chiffres montrent que cela ne suffit pas à inverser la tendance à la baisse de la natalité. Par exemple, en Finlande, l’écart entre les hommes et les femmes dans le travail non rémunéré (tâches ménagères et garde d’enfants) a été réduit de moitié entre 2010 et 2021, passant de 14 à 7 heures par semaine en moyenne. Pourtant, la fécondité est passée de 1,9 à 1,3 enfant par femme sur la même période. En France, entre 2007 et 2022, le temps consacré aux tâches ménagères a diminué de 14 points chez les femmes, tandis qu’il a augmenté de 10 points chez les hommes. Malgré ces progrès, le nombre de naissances continue de baisser.
Goldin distingue deux types de pères pour expliquer la persistance de la baisse de la natalité. D’un côté, les « papas », qui s’impliquent activement dans les tâches ménagères et l’éducation des enfants, et de l’autre, les « bons à rien », qui se désengagent de ces responsabilités. Selon l’économiste, les pays où la natalité reste faible sont souvent ceux où les hommes ne suivent pas le rythme des attentes modernes des femmes en matière d’égalité. Ce décalage entre les aspirations des femmes et le comportement des hommes pourrait expliquer pourquoi, malgré une meilleure répartition des tâches, la fécondité ne remonte pas.
Les données disponibles contredisent en partie la théorie de Goldin. Bien que les hommes s’impliquent davantage dans les tâches domestiques, le taux de natalité stagne ou continue de diminuer dans de nombreux pays. Cela suggère que d’autres facteurs, comme les contraintes économiques, les incertitudes professionnelles ou les priorités personnelles, jouent un rôle plus important que prévu. Par exemple, en France, malgré une réduction des inégalités dans la répartition des tâches, le nombre de naissances a atteint un niveau historiquement bas. Ces observations montrent que la solution à la baisse de la natalité est probablement plus complexe qu’un simple rééquilibrage des responsabilités au sein des couples.

