Comment Pékin investit la gouvernance environnementale mondiale
Avec la multiplication des partenariats climatiques et des réseaux de recherche adossés aux Nouvelles routes de la soie, Pékin investit méthodiquement le champ de la gouvernance environnementale mondiale. La présidence de Donald Trump pourrait lui offrir l'occasion de combler le vide laissé par Washington.
La Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre depuis les années 2000, s’est progressivement imposée comme un acteur clé de la gouvernance environnementale mondiale. Une étude publiée en 2026 dans la revue Earth System Governance révèle que des acteurs chinois ont lancé près de 300 projets depuis 1980 pour structurer la coopération internationale sur des enjeux comme le climat, les énergies propres, la gestion de l’eau ou la biodiversité. Ces initiatives incluent des plateformes de partage d’informations, des financements, des collaborations scientifiques ou l’élaboration de réglementations. Elles sont principalement pilotées par l’État chinois, mais intègrent aussi des acteurs non étatiques comme des instituts de recherche, des associations ou des entreprises privées (ex. : Xiaomi, CNPC).
Initialement concentrés en Asie et en Europe, les projets chinois de gouvernance environnementale se sont étendus à partir des années 2010 vers l’Afrique et l’Amérique latine. Les principaux partenaires de la Chine dans ce domaine sont les États-Unis (43 initiatives), suivis par la France (29), la Russie (21), le Royaume-Uni (20) et l’Allemagne (19). Cette expansion reflète une stratégie diplomatique visant à renforcer l’influence chinoise sur la scène internationale, notamment dans les pays en développement.
Le retour au pouvoir de Donald Trump en 2026 pourrait offrir à la Chine une opportunité de combler le vide laissé par les États-Unis, qui se retirent des instances de coopération climatique (Accord de Paris, GIEC, etc.) et accélèrent leurs investissements dans les énergies fossiles. Contrairement à cette tendance, la Chine mise sur le développement des technologies propres, avec des exportations qui ont doublé en quatre ans pour atteindre 92 milliards de dollars au premier semestre 2026. Ces technologies incluent des batteries, des voitures électriques, des équipements photovoltaïques ou éoliens.
La stratégie chinoise s’inscrit dans le cadre de la civilisation écologique, un concept promu par Xi Jinping et inscrit dans la Constitution chinoise en 2018. Officiellement présentée comme un pilier du modèle de développement national, cette notion sert aussi de levier d’influence diplomatique. Elle se traduit par la création de plateformes, coalitions et réseaux de recherche liés aux Nouvelles routes de la soie, axés sur l’éco-industrie et la production de savoirs scientifiques. Ces initiatives sont souvent pilotées par des acteurs chinois, étatiques ou non.
Les acteurs chinois mènent davantage d’initiatives avec des pays du Nord qu’avec ceux du Sud. Ces collaborations se concentrent sur la recherche conjointe et le co-développement de cadres politiques, comme le *Cadre décennal américano-chinois sur l’énergie et l’environnement* ou le *Centre Europe-Chine pour l’énergie propre*. Ces partenariats visent à renforcer l’expertise chinoise tout en positionnant le pays comme un leader dans la transition énergétique mondiale.

