MU, 20 ans derrière les murales emblématiques de Montréal
L’OBNL MU, qui a produit 300 murales à Montréal, célèbre son anniversaire avec un livre et une exposition..
MU est un organisme à but non lucratif (OBNL) fondé en 2006 à Montréal, spécialisé dans la création de murales (peintures monumentales sur des murs extérieurs). Depuis sa création, il a produit 300 murales dans la ville et versé plus de 7 millions de dollars en honoraires à des artistes muralistes. Ses cofondatrices, Elizabeth-Ann Doyle (directrice générale et artistique) et Emmanuelle Hébert, ont lancé ce projet avec deux objectifs principaux : embellir Montréal et soutenir les artistes. MU célèbre ses 20 ans avec un livre intitulé MU. Transformer Montréal par l’art mural et une exposition gratuite intitulée Dans la tête de MU, présentée au Conseil des arts de Montréal jusqu’au 8 octobre.
L’idée de MU est née après un voyage à Philadelphie, une ville américaine connue pour son programme d’art mural. Elizabeth-Ann Doyle et Emmanuelle Hébert, inspirées par ce modèle, ont décidé de créer un organisme similaire à Montréal. Leur premier projet, Rencontre entre les cultures, réalisé par l’artiste Yannick Picard en 2006, est toujours visible sur un centre communautaire du quartier Saint-Michel. À l’époque, Montréal n’était pas encore une ville où l’art public mural était aussi répandu qu’aujourd’hui. MU a bénéficié d’un soutien financier initial du Cirque du Soleil, où Elizabeth-Ann Doyle travaillait auparavant.
Créer une murale avec MU implique plusieurs étapes. D’abord, il faut trouver un mur adapté et obtenir l’accord du propriétaire, ce qui peut être complexe, surtout dans les quartiers centraux où les propriétaires sont parfois situés à l’étranger. Ensuite, il faut réunir les financements nécessaires. MU dépend en partie du programme municipal d’art mural, qui finance environ 20 murales par an, mais la compétition est rude. L’organisme produit en moyenne 15 murales par an et a déjà réalisé 35 murales dédiées à des figures culturelles montrealaises depuis 2010. Les artistes utilisent des outils variés pour peindre, comme des éponges, du ruban adhésif ou des bouteilles pour créer des effets de coulées.
MU intègre systématiquement un volet communautaire dans ses projets : des ateliers avec des jeunes sont organisés en collaboration avec des organismes locaux. L’organisme forme également des apprentis muralistes, un métier qui s’apprend principalement sur le terrain, car il n’existe pas de formation universitaire dédiée. MU priorise l’embauche de femmes, souvent sous-représentées dans les métiers manuels. Depuis 2010, MU travaille aussi avec des écoles secondaires, où des artistes professionnels créent des murales avec les élèves finissants. L’organisme distribue des brochures pour promouvoir les métiers créatifs, un secteur souvent négligé dans l’orientation scolaire. MU est désormais présent dans tous les arrondissements de Montréal et dans plusieurs municipalités de la grande région.
Parmi les murales les plus célèbres de MU figurent celles rendant hommage à des personnalités comme Leonard Cohen (Tower of Songs, 2017 par El Mac), Françoise Sullivan, Jean Paul Riopelle, Janine Sutto, Alanis Obomsawin et Oliver Jones. Ces œuvres sont souvent situées dans des quartiers significatifs pour les artistes honorés. MU a également réalisé des projets dans des habitations à loyers modiques, où les murales ont un impact visible sur le sentiment de fierté des résidents : moins de dépôts de déchets illégaux et plus de fleurs sur les balcons. L’organisme a reçu le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal en 2019 pour son travail.
L’un des principaux défis pour MU est de convaincre les propriétaires de murs, parfois réticents ou difficiles à joindre, surtout pour des projets de grande envergure. Les commentaires des passants lors de la réalisation des murales varient : certains expriment de l’enthousiasme (*« Ça va être beau ! »*), d’autres de l’incompréhension (*« C’est mes taxes qui payent pour ça ? »*). Elizabeth-Ann Doyle a conservé dans son bureau des gants avec le slogan *« Hand job, better than nothing »*, qu’elle trouve humoristiques. MU a aussi dû faire face à la disparition de certaines murales, pour des raisons diverses, et conserve des photos de ces œuvres perdues dans son exposition.

