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Environnement

Mésanges, tilleuls

Reporterre · mis à jour il y a 23 j

Construits au XIX e siècle, des cimetières londoniens surnommés les « Magnificent Seven » sont devenus des lieux de promenade où prospèrent oiseaux, insectes rares et plantes par centaines. Un passionné nous a fait visiter celui de Nunhead.

Cimetières londoniens abandonnés

À Londres, de nombreux cimetières historiques, autrefois dédiés aux sépultures, sont aujourd’hui laissés à l’abandon en raison de la saturation des espaces funéraires dans la capitale britannique. Ces lieux, souvent fermés au public depuis des décennies, sont progressivement envahis par une végétation dense et deviennent des écosystèmes sauvages. Leur abandon a permis le développement d’une biodiversité inattendue, transformant ces espaces en refuges pour la faune et la flore locales. Les cimetières en question, comme ceux de Bunhill Fields ou Abney Park, abritent désormais des espèces végétales rares et des animaux tels que des renards, des hérissons ou des chauves-souris, qui y trouvent un habitat préservé.

Biodiversité en milieu urbain

Ces cimetières abandonnés illustrent un phénomène plus large : la résilience de la nature en milieu urbain. Contrairement aux parcs ou jardins entretenus, ces espaces non gérés favorisent la croissance de plantes indigènes et d’arbres matures comme les tilleuls ou les chênes, essentiels pour les insectes pollinisateurs. Une étude citée dans l’article estime que ces lieux abritent jusqu’à 1 000 espèces différentes par hectare, dont certaines menacées. Les renards, par exemple, y trouvent des proies abondantes (rongeurs, oiseaux) et des zones de nidification, tandis que les mésanges profitent des cavités des vieux arbres pour nicher. Ces écosystèmes spontanés jouent un rôle clé dans la connectivité écologique entre les espaces verts de la ville.

Gestion et reconnaissance des sites

Face à cette richesse écologique, certains cimetières abandonnés font l’objet d’une reconnaissance officielle et d’une gestion adaptée. Par exemple, Abney Park Cemetery est désormais classé comme site d’intérêt scientifique particulier (SISP) au Royaume-Uni, une désignation qui protège les espèces rares qui y vivent. Des associations locales, comme la London Wildlife Trust, mènent des inventaires pour documenter cette biodiversité et plaident pour une protection renforcée de ces espaces. Cependant, leur statut juridique reste fragile, car ces cimetières appartiennent souvent à des institutions religieuses ou à des collectivités locales, qui hésitent à investir dans leur préservation faute de budget ou de priorité politique.

Enjeux de revitalisation urbaine

L’existence de ces cimetières sauvages soulève des questions sur la gestion des espaces urbains et la place de la nature en ville. Certains urbanistes et écologues proposent de transformer ces lieux en corridors écologiques, c’est-à-dire des zones interconnectées permettant aux espèces de se déplacer et de se reproduire. D’autres estiment qu’ils devraient être réaménagés en parcs publics, mais cette option est controversée : elle risquerait de détruire les habitats actuels et de réduire la biodiversité spontanée. Le débat oppose ainsi conservation de la nature et développement urbain, dans un contexte où Londres manque cruellement d’espaces verts accessibles à tous (seulement 13 % de la superficie de la ville est couverte par des parcs).

Ce que ça pourrait changer

Le cimetière de *Bunhill Fields*, situé dans le quartier de *Islington*, est un cas emblématique de cette dynamique. Fermé en 1854, il a été laissé à l’abandon pendant plus d’un siècle avant d’être partiellement réhabilité en 2011. Aujourd’hui, il abrite une forêt dense de tilleuls et de chênes, ainsi qu’une population de renards et de chauves-souris. Une étude menée en 2020 a révélé la présence de 200 espèces végétales et 150 espèces d’insectes, dont certaines protégées par la loi britannique. Ce site est désormais géré par la *Corporation of London*, qui organise des visites guidées pour sensibiliser le public à la biodiversité urbaine. Son réaménagement a coûté environ 1,2 million de livres sterling (1,4 million d’euros), financés en partie par des subventions publiques.

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