'Wanted', une campagne de recherche "collective" de plus de 420 tableaux volés au musée des Beaux-Arts d'Orléans
Opération inédite en France, plus de 85 ans après un immense pillage de tableaux aux musées d'Orléans, la diffusion d'un avis de recherche vise à sensibiliser et faire contribuer tous les publics. C'est "le temps aujourd'hui des restitutions" selon sa directrice, Olivia Voisin..
En juin 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale, le musée Paul Fourché à Orléans, une annexe du musée des Beaux-Arts, a été pillé puis incendié. Ce musée abritait une collection exceptionnelle de 350 tableaux et dessins, dont des œuvres majeures de Corot, Manet, Ribera et un tableau attribué à l'atelier de Raphaël. Les pillages ont été commis par des soldats allemands, des groupes de pillards parisiens et même des habitants d'Orléans. Plus de 80 % des 426 tableaux aujourd’hui disparus proviennent de ce pillage. Parmi les joyaux manquants, on compte La Vague de Courbet, un tableau de Corot, un de Manet (1880), un de Ribera et une Vierge à l’Enfant avec Saint Jean-Baptiste attribuée à l’atelier de Raphaël, considérée comme un chef-d’œuvre de la Renaissance.
Pour retrouver ces tableaux volés, le musée des Beaux-Arts d’Orléans a lancé une campagne intitulée Wanted, inspirée des avis de recherche du Far West. L’objectif est de sensibiliser le public et les acteurs du monde de l’art afin d’identifier les œuvres disparues, qui pourraient se trouver dans des brocantes, des salles de vente ou des successions. Un catalogue en ligne recense les 426 tableaux manquants, avec des descriptions détaillées et des photos pour faciliter leur identification. Trois tableaux ont déjà été restitués grâce à cette démarche, dont La Mort de Roland de Michallon, rendu par un couple allemand après 40 ans de possession. La campagne vise à briser l’omerta autour de ces vols et à encourager les restitutions volontaires.
Les pillages de 1940 ne sont pas les seuls vols subis par le musée. Dès sa création en 1825, des tableaux ont été dérobés, parfois par des fonctionnaires ou des cambrioleurs. En 1998, un tableau attribué à Sisley, échappé au pillage de 1940, a été volé dans le hall du musée par un cambrioleur notoire. Ce dernier a détruit une partie des œuvres volées pour éviter une condamnation, rendant leur récupération impossible. D’autres vols ont eu lieu dans les années 1970, où des tableaux conservés dans des administrations ont disparu. Ces exemples illustrent la vulnérabilité des collections muséales face aux vols, qu’ils soient organisés ou opportunistes.
Aujourd’hui, la provenance des œuvres d’art est un critère essentiel pour les experts et les collectionneurs. Un tableau dont l’origine est floue ou suspecte perd de sa valeur et peut être exclu des transactions légales. Le musée Paul Fourché, dont les œuvres ont été massivement pillées en 1940, est devenu un symbole de ces provenances troubles. Les archives des spécialistes comme Federico Zeri ou Roberto Longhi, qui ont étudié les collections d’Orléans, ont permis de documenter certaines œuvres disparues. Par exemple, le tableau attribué à l’atelier de Raphaël est décrit comme un original de la Renaissance grâce à ces annotations. Ces recherches montrent l’importance de retracer l’histoire des œuvres pour lutter contre le trafic d’art.
Depuis le lancement de la campagne Wanted, trois tableaux ont été restitués au musée des Beaux-Arts d’Orléans. Le premier a été identifié par un commissaire-priseur lors d’une vente aux enchères. Le second provenait du musée de Beauvais, qui l’avait acquis en 1994 sans connaître son origine. Le troisième, La Mort de Roland de Michallon, a été rendu par un couple allemand après 40 ans de possession. Ce dernier cas est emblématique : les propriétaires avaient conscience que le tableau était volé, comme en témoignent les étiquettes du musée encore visibles à l’arrière de la toile. Leur restitution volontaire après tant d’années montre que le public est prêt à participer à la réparation de ces vols historiques.
D’autres pistes sont actuellement explorées pour retrouver des tableaux manquants. Par exemple, un tableau de Lacroix de Marseille, un peintre du XVIIIe siècle spécialisé dans les paysages, a été vendu à Londres en 1978, puis à Vienne en 1980 et à Stuttgart en 2007. Les musées d’Orléans enquêtent actuellement pour identifier les propriétaires actuels de cette œuvre. Ces recherches s’appuient sur les obligations de récolement imposées aux musées depuis 2002. Le récolement consiste à vérifier systématiquement l’inventaire des collections pour repérer les œuvres manquantes et documenter leur disparition. Cette méthode a permis d’établir une liste exhaustive des 426 tableaux volés et de faciliter leur traçabilité.
La campagne *Wanted* répond à un double enjeu : culturel et moral. D’un point de vue culturel, elle permet de documenter et de préserver l’histoire des collections d’Orléans, dont certaines œuvres étaient considérées comme des chefs-d’œuvre. D’un point de vue moral, elle rappelle que détenir une œuvre volée, même sans le savoir, peut constituer un recel. En rendant publique la liste des tableaux manquants, le musée espère éviter que des particuliers ou des institutions achètent ou conservent involontairement ces œuvres. Olivia Voisin, directrice du musée, souligne que cette démarche est nécessaire pour réparer un préjudice datant de 1940 et pour que ces œuvres puissent, un jour, retrouver leur place dans les collections publiques.

