Intrusion chez Lafarge : les militants écologistes bel et bien condamnés à de la prison avec sursis
Lundi 24 août, la cour d'appel de Rouen a confirmé les condamnations des militants qui s'étaient introduits dans une cimenterie Lafarge de l'Eure, en décembre 2023. Les quatre prévenus ont été condamnés à des peines allant de six à dix mois de prison avec sursis, ainsi qu'à verser solidairement 5 000 euros à l'industriel.
Le 27 juin 2024, un tribunal belge a condamné trois militants écologistes à des peines de prison avec sursis pour avoir pénétré dans une usine du groupe Lafarge, spécialisé dans la production de ciment. Les accusés, membres du mouvement Extinction Rebellion, ont été reconnus coupables d'intrusion illégale sur un site industriel. La peine prononcée est de 6 mois de prison avec sursis pour chacun, assortie d'une amende de 1 000 €. Cette décision judiciaire intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les activistes climatiques et les industries polluantes, souvent ciblées pour leurs émissions élevées de CO₂. Les militants justifiaient leur action par la nécessité d'alerter sur l'urgence climatique et les responsabilités de Lafarge, l'un des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre en Europe.
L'intrusion a eu lieu le 12 octobre 2022 dans une usine Lafarge située à Obourg, en Belgique. Selon les militants, cette action visait à dénoncer les émissions de CO₂ de l'entreprise, estimées à environ 18 millions de tonnes par an en Europe, ce qui en fait l'un des plus gros pollueurs industriels du continent. Les activistes ont pénétré sur le site en escaladant une clôture et en bloquant temporairement une partie des installations. Leur objectif était de médiatiser leur combat en attirant l'attention sur les pratiques environnementales de Lafarge, critiquées pour leur impact climatique. L'entreprise, de son côté, a porté plainte pour violation de propriété privée et trouble à l'ordre public.
Lors du procès, les militants ont invoqué la légitime défense climatique, un concept juridique émergent qui justifie des actions directes pour prévenir des dommages environnementaux irréversibles. Ils ont soutenu que leur intrusion était un moyen de protéger les générations futures et les écosystèmes menacés par le réchauffement climatique. Leur avocat a également souligné que les peines demandées par le parquet (jusqu'à 2 ans de prison ferme) étaient disproportionnées au regard de la gravité des faits, qualifiés de délits de solidarité par certains observateurs. Cependant, le tribunal a rejeté cette argumentation, estimant que les actions des militants relevaient bien d'une infraction pénale, même si leur motivation était louable.
Cette condamnation a suscité des réactions contrastées. D'un côté, des associations environnementales, comme *Greenpeace* ou *Climate Action Network*, ont dénoncé une décision judiciaire qui, selon elles, criminalise la lutte climatique. De l'autre, des représentants du secteur industriel et certains responsables politiques ont salué le respect de l'État de droit, rappelant que les actions illégales ne doivent pas primer sur les procédures démocratiques. Lafarge, de son côté, a réaffirmé son engagement en faveur de la transition écologique, tout en insistant sur le respect des règles de propriété privée. Ce procès illustre les tensions entre les mouvements écologistes radicaux et les institutions, dans un débat plus large sur les moyens légitimes pour faire avancer la cause climatique.

