En Thaïlande, le gouvernement paie l'addition
Face à l'inflation, le gouvernement thaïlandais cherche à soulager le porte monnaie des ménages en payant directement une partie de leurs factures chez les commerçants. 26 millions de personnes soit les deux tiers de la population active.
La Thaïlande fait face à une hausse généralisée des prix, avec une inflation annuelle de 20,7 % sur les carburants entre septembre 2025 et septembre 2026, et de 8,6 % sur l’énergie en un an. L’inflation moyenne pour 2026 est estimée à 1,8 %. Cette situation s’inscrit dans un contexte de crise géopolitique, notamment dans le détroit d’Ormuz, une zone stratégique pour le transport maritime de pétrole. Ces hausses de prix pèsent lourdement sur les ménages thaïlandais, déjà fragilisés par la pandémie de Covid-19 et un endettement élevé. Le gouvernement thaïlandais, dirigé par un pouvoir conservateur élu en mars 2026, cherche ainsi à atténuer l’impact de cette inflation sur le pouvoir d’achat des citoyens.
Pour soutenir les ménages, le gouvernement thaïlandais a lancé un programme de co-paiement (partage de la facture) avec les commerçants. Les clients paient 40 % de leur addition, tandis que l’État prend en charge les 60 % restants, directement versés aux commerçants. Ce dispositif concerne plus d’un million de commerces, incluant restaurants, commerces de proximité et vendeurs de rue. Les bénéficiaires sont 26 millions de personnes, soit environ deux tiers de la population active thaïlandaise. Le paiement se fait via une application mobile liée à un porte-monnaie électronique, un moyen de paiement très répandu en Thaïlande. Entre juin et septembre 2026, l’aide était limitée à 1 000 bahts (26 €) par mois, puis portée à 26 € pour les mois d’octobre et novembre. Cette somme permet par exemple de payer une quinzaine de repas dans un restaurant de rue.
Le programme de co-paiement est accessible à tous les Thaïlandais majeurs, sauf aux 13 millions de personnes déjà bénéficiaires de l’aide sociale, qui perçoivent déjà une allocation mensuelle d’environ 20 €. Le coût total de cette mesure est estimé à 137 milliards de bahts, soit 3,6 milliards d’euros, représentant 3,6 % du budget de l’État thaïlandais. Contrairement à une mesure précédente, le gouvernement n’a pas eu recours à un nouvel emprunt pour financer cette aide. En mai 2026, il avait emprunté 400 milliards de bahts (12 milliards d’euros) sur les marchés financiers nationaux via un décret d’urgence, et c’est sur ces fonds non utilisés que l’aide est prélevée.
La Thaïlande s’est fixé une limite de dette publique à 70 % de son PIB (Produit Intérieur Brut), un indicateur qui mesure la richesse produite par un pays. Actuellement, la dette publique s’élève à 67 % du PIB, contre 41 % avant la pandémie de Covid-19. La charge de la dette, c’est-à-dire les intérêts à payer chaque année, représente environ 6 % du budget annuel de l’État, un niveau conforme aux recommandations du FMI (Fonds Monétaire International). Le gouvernement thaïlandais souligne que cette mesure de co-paiement ne remet pas en cause cet équilibre budgétaire, malgré son coût élevé.
Ce n’est pas la première fois que la Thaïlande met en place un programme de co-paiement : sept mesures similaires ont été lancées au cours des six dernières années. Selon le Ministère des Finances thaïlandais, cette aide devrait contribuer à une croissance supplémentaire de 0,4 point de *PIB* en 2026. Cependant, plusieurs économistes estiment que cette mesure offre un soulagement à court terme pour les ménages, mais reste insuffisante pour stimuler durablement l’économie. Le gouvernement mise par ailleurs sur d’autres leviers à long terme, comme l’*intelligence artificielle*, le tourisme et la *transition énergétique*. La croissance économique prévue pour 2026 est de 2,5 %, soit deux points de moins que la moyenne régionale.

