Taux de crédit de plus de 35 % : des prêteurs visés par une action collective
La poursuite, qui n’a pas encore été autorisée, a été déposée par l’Union des consommateurs..
L’Union des consommateurs a déposé le 2 octobre 2026 une demande d’autorisation d’action collective contre trois prêteurs alternatifs québécois : Alterfina (et sa filiale Créditmatik), Fairstone Financière et easyfinancière. Cette démarche juridique vise à représenter tous les Québécois ayant contracté un prêt auprès de ces entreprises depuis le 2 octobre 2023. L’objectif est de dénoncer des pratiques jugées abusives et de demander la suppression des frais de crédit, ainsi que des dommages-intérêts compensatoires et punitifs de 100 $ par prêt. L’action n’a pas encore été autorisée par la Cour supérieure.
Les trois prêteurs sont accusés d’imposer des taux d’intérêt dépassant largement le seuil de 35 %, considéré comme abusif au Québec selon la Loi sur la protection du consommateur. Fairstone Financière et easyfinancière auraient respectivement appliqué des taux de 51 % et 57 % dans certains contrats. Alterfina, quant à elle, afficherait un taux de 19,99 % pour un prêt de 2 500 $, mais celui-ci atteindrait en réalité 98 % après l’ajout de frais d’adhésion. Dans les cas les plus extrêmes, les taux pourraient même dépasser 600 %, selon l’Union des consommateurs. Ces pratiques sont qualifiées de prédatrices par l’organisation, car elles ciblent des clients vulnérables, souvent exclus des prêts bancaires classiques.
Les prêteurs sont accusés de plusieurs manquements. Fairstone Financière et easyfinancière seraient coupables de ne pas inclure certains frais dans le taux de crédit annoncé, ce qui trompe les emprunteurs. Fairstone Financière est également soupçonnée de manipuler le calcul du taux d’endettement de ses clients pour contourner la loi. Alterfina, de son côté, est pointée du doigt pour des frais d’adhésion non divulgués dans son taux affiché. Ces pratiques pourraient entraîner des situations d’insolvabilité, des faillites personnelles, ainsi que des conséquences graves sur la santé psychologique des emprunteurs, comme le souligne la demande d’action collective.
Les entreprises visées ont réagi à ces accusations. Goeasy, la maison mère d’easyfinancière, affirme s’engager à offrir des services de prêt transparents et responsables, conformes aux exigences réglementaires. Alterfina a indiqué ne pas pouvoir commenter l’affaire, car elle est devant les tribunaux, tout en précisant respecter le cadre réglementaire applicable. Fairstone Financière a également déclaré prendre très au sérieux les allégations portées contre elle. Aucune de ces entreprises n’a encore répondu publiquement aux détails spécifiques des accusations.
Cette action collective s’inscrit dans un contexte de surveillance accrue des prêteurs alternatifs au Québec. Elle fait suite à un reportage diffusé le 22 septembre 2026 dans l’émission *La facture* de Radio-Canada, qui révélait que les taux d’intérêt d’Alterfina pouvaient dépasser 200 % une fois tous les frais inclus. Ce n’est pas la première fois que des prêteurs sont visés par des poursuites cette année. Une demande d’action collective pancanadienne a également été déposée contre Crédit Toledo et Services financiers Donovan, accusés d’imposer des taux d’intérêt criminels à des clients vulnérables. Crédit Toledo a d’ailleurs écopé d’une amende de 34 000 $ en Colombie-Britannique pour harcèlement et pratiques trompeuses dans le recouvrement de créances.

