Votre fonds d’urgence dort-il au mauvais endroit?
Comment faire fructifier votre fonds d'urgence tout en gardant votre argent facilement accessible?.
Un fonds d'urgence est une épargne réservée aux dépenses imprévues majeures, comme une perte d'emploi. L'Agence de la consommation en matière financière du Canada recommande de détenir entre trois et six mois de dépenses habituelles. Pour un ménage dépensant 5 000$ par mois, cela représente entre 15 000$ et 30 000$. L'objectif est de couvrir les besoins essentiels sans recourir à l'endettement. Pourtant, beaucoup laissent cette somme dans un compte bancaire classique, qui offre un rendement très faible, souvent inférieur à 1% par an. Par exemple, avec 15 000$ à 0,5% d'intérêt, le gain annuel est de seulement 75$ avant impôt. Ces taux ne couvrent même pas l'inflation, qui réduit la valeur réelle de l'épargne au fil du temps. Ainsi, l'argent « dort » sans fructifier, alors qu'il pourrait générer des revenus supplémentaires.
Le placement idéal pour un fonds d'urgence doit répondre à trois critères principaux : sécurité, accessibilité et rendement. La sécurité signifie que le capital ne doit pas être exposé à des pertes importantes, surtout à court terme. L'accessibilité implique de pouvoir retirer l'argent rapidement, sans frais ni pénalité, idéalement sous 24 à 48 heures. Enfin, le rendement doit au moins compenser l'inflation pour éviter que l'épargne ne perde de sa valeur. Les comptes d'épargne à intérêt élevé proposés par les banques offrent généralement un rendement de 0,5% à 1%, ce qui est insuffisant. Youcef Ghellache, président d'Educfinance, souligne qu'il est possible d'obtenir un meilleur rendement, par exemple 3% par an sur 15 000$, soit 450$ avant impôt, mais cela nécessite d'accepter un niveau de risque légèrement supérieur.
Plusieurs types de placements peuvent convenir pour un fonds d'urgence, à condition de respecter les critères de sécurité et d'accessibilité. Les fonds négociés en bourse (FNB) et les fonds communs de placement sont des options courantes, car ils peuvent être vendus quotidiennement. Les fonds du marché monétaire sont moins risqués mais offrent un rendement limité. En revanche, les placements en actions, bien que potentiellement plus rentables, présentent un risque de perte en cas de baisse des marchés. Par exemple, si les marchés chutent de 20% et que vous devez retirer votre argent, vous pourriez subir une perte importante. Youcef Ghellache recommande donc de limiter la part des actions dans le portefeuille pour éviter ce scénario. Les comptes enregistrés comme le CELI (Compte d'Épargne Libre d'Impôt) peuvent aussi être utilisés, car ils permettent de faire fructifier l'épargne à l'abri de l'impôt, dans la limite des plafonds de cotisation annuels.
Le REER (Régime Enregistré d'Épargne-Retraite) n'est pas adapté pour un fonds d'urgence. Les retraits sont imposables et soumis à une retenue d'impôt à la source, ce qui réduit immédiatement le montant disponible. De plus, les retraits anticipés du REER sont généralement déconseillés, car ils réduisent les avantages fiscaux à long terme. Le CELI, en revanche, est plus flexible : les retraits ne sont pas imposables et ne réduisent pas les droits de cotisation futurs. Cependant, il est important de ne pas dépasser les plafonds de cotisation annuels pour éviter des pénalités. Par exemple, en 2026, le plafond de cotisation au CELI est de 7 000$ par an. Le REER reste donc réservé à l'épargne-retraite, tandis que le CELI est mieux adapté aux imprévus.
Pour ceux qui n'ont pas encore d'épargne de précaution, l'objectif de trois à six mois de dépenses peut sembler intimidant. Tayssa Waldron, auteure du livre *Le déclic du fric*, conseille de ne pas se focaliser sur le montant total, mais sur l'habitude d'épargner. Même de petits montants, comme 10$ par semaine, permettent d'accumuler 520$ en un an. Automatiser les versements, par exemple en programmant un virement automatique chaque mois, facilite la régularité. L'épargne de précaution répond aussi à un défi psychologique : notre cerveau a du mal à anticiper des événements abstraits comme une perte d'emploi. Pourtant, quelques centaines de dollars peuvent éviter de tomber dans le piège de l'endettement en cas de dépense imprévue. L'important est de commencer, même modestement, pour créer une sécurité financière progressive.

