Pourquoi a-t-on arrêté le cannibalisme?
La science est formelle: les humains sont le pire choix de nourriture pour les autres humains et cela pourrait expliquer pourquoi la pratique a été abandonnée presque partout..
Le cannibalisme a existé dans de nombreuses sociétés à travers le monde, mais la majorité des récits à ce sujet sont aujourd'hui considérés comme des légendes ou des exagérations. Ces histoires servaient souvent à justifier la domination d'un groupe sur un autre. Cependant, il existe des preuves archéologiques attestant que certaines communautés humaines ont consommé de la chair humaine par le passé, comme elles l'auraient fait pour d'autres proies. Ces cas étaient généralement encadrés par des règles strictes indiquant qui pouvait être mangé et comment la viande devait être préparée et consommée. Par exemple, des ossements humains présentant des traces de découpe ou de cuisson ont été retrouvés sur des sites préhistoriques, suggérant des pratiques cannibales ritualisées.
Aujourd'hui, le cannibalisme est presque universellement considéré comme un tabou moral dans les sociétés contemporaines. Pour comprendre les raisons de cette répulsion, deux chercheurs, Michal Misiak, psychologue à l'Université de Wrocław en Pologne, et Petr Tureček, biologiste évolutionniste à l'Université Charles de Prague, ont mené une étude publiée en mai 2026 dans la revue PNAS. Leur hypothèse principale est que le risque de transmission de maladies infectieuses par le cannibalisme aurait joué un rôle clé dans son abandon progressif. En effet, les agents pathogènes se transmettent plus facilement entre individus de la même espèce, ce qui rend le cannibalisme particulièrement dangereux pour la santé des populations.
Le cannibalisme non contrôlé expose les populations à des risques infectieux majeurs, car les maladies se propagent plus facilement entre humains qu'entre espèces différentes. Par exemple, la protéine prion est un agent pathogène qui reste infectieux même après cuisson et provoque des maladies neurologiques graves comme le kuru ou la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Contrairement à des bactéries comme E. coli ou la salmonelle, qui sont généralement éliminées par la cuisson et rarement transmissibles entre consommateurs, les prions peuvent infecter tous ceux qui consomment de la chair humaine contaminée. Une épidémie de ce type pourrait décimer une population entière, rendant le cannibalisme insoutenable à long terme.
Bien que le cannibalisme puisse offrir des avantages nutritionnels ponctuels, ses inconvénients sont nombreux et graves. Les chercheurs soulignent que la chasse ou la guerre pour se nourrir est bien plus efficace et moins risquée que de se tourner vers le cannibalisme. En effet, chasser des animaux sauvages ou cultiver des plantes demande moins d'efforts et expose moins à des maladies que de consommer de la chair humaine. Selon Misiak et Tureček, les risques liés à l'acquisition de la nourriture, à la digestion et surtout aux infections rendent cette pratique globalement désavantageuse pour les sociétés humaines. Leur étude suggère que ces facteurs ont contribué à son abandon progressif dans la plupart des cultures.
Les chercheurs émettent l'hypothèse que le dégoût ressenti face au cannibalisme pourrait être un trait psychologique hérité d'une forme de *sélection naturelle*. En effet, les cultures pratiquant le cannibalisme de manière non contrôlée auraient été plus susceptibles de disparaître en raison des épidémies qu'elles propageaient. Cette pression évolutive aurait favorisé les sociétés qui évitaient cette pratique, réduisant ainsi leur risque d'extinction. Bien que cette idée reste une hypothèse, elle offre une explication plausible à la rareté du cannibalisme dans l'histoire humaine. Les sociétés qui ont survécu seraient donc celles qui ont su éviter les pratiques les plus dangereuses pour leur santé collective.

