Fernand Pouillon, un destin d'architecte
Architecte visionnaire ou escroc flamboyant ? De la reconstruction de Marseille aux cités monumentales d'Alger, Fernand Pouillon bâtit une œuvre hors norme avant de devenir le héros d'un retentissant scandale immobilier. Un destin à la mesure de son ambition..
Fernand Pouillon, né en 1912, est un architecte français autodidacte qui a commencé sa carrière à seulement 22 ans. Sans formation académique classique, il se distingue par son approche intuitive et son amour pour la pierre, matériau central de ses constructions. Son parcours est marqué par une ambition démesurée, résumée par sa propre phrase : « Je vise les étoiles ». Pouillon a su allier architecture et urbanisme, en intégrant des éléments monumentaux même dans des logements destinés à des populations modestes. Son travail s’inscrit dans une période charnière, entre la reconstruction de la France après la Seconde Guerre mondiale et les grands projets urbains des années 1950-1960.
Dans les années 1940-1950, Pouillon joue un rôle clé dans la reconstruction du Vieux-Port de Marseille, un quartier détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Il collabore avec Auguste Perret, architecte en chef de la reconstruction, et Eugène Beaudouin. Pouillon y introduit des éléments architecturaux inspirés de l’Iran, comme les arcades et les loggias profondes, ainsi que des toits-terrasses en attique. Ces choix donnent au quartier une identité forte et harmonieuse. Le projet vise à redonner aux Marseillais un cadre de vie agréable, tout en respectant l’histoire locale. Les immeubles reconstruits s’inspirent du style romain, notamment du Pont-du-Gard, avec des matériaux nobles comme la pierre.
Dans les années 1950, Pouillon est chargé de trois grands programmes de logements à Alger, dont Diar es-Saada et Climat de France (surnommé « les Deux Cents colonnes »). Ces ensembles immobiliers, conçus pour des populations modestes, intègrent des éléments inspirés de la Casbah d’Alger, comme des places publiques, des arcades et des espaces collectifs. Pouillon y applique sa philosophie : « Pour moi la ville, c’est les bas quartiers. C’est eux qui devraient être des hauts lieux ». Ces quartiers, bien que conçus pour des habitants aux revenus limités, deviennent des modèles d’urbanisme social et durable. Aujourd’hui, certains de ces logements sont encore habités.
Malgré ses succès architecturaux, Pouillon est rattrapé par un scandale immobilier dans les années 1960. Accusé de malversations financières, il est « injurié dans les journaux pendant quatre ans », selon ses propres mots. Isolé et critiqué, il reste pourtant fidèle à sa vision : « J’ai rendu des gens heureux, je le sais. Je poursuis cette idée-là ». Le scandale, qui éclate après ses grands projets, ternit sa réputation pendant des années, mais ne remet pas en cause la qualité de son travail. Une émission de France Culture en 1999, intitulée « Mains hautes et mains basses sur la ville », retrace son parcours et son héritage controversé.
Fernand Pouillon laisse derrière lui une œuvre architecturale majeure, marquée par son approche humaniste et monumentale. Ses réalisations, comme les ensembles d’Alger ou la reconstruction du Vieux-Port de Marseille, sont encore étudiées aujourd’hui pour leur intégration harmonieuse dans le paysage urbain. Pouillon a su concilier esthétique, fonctionnalité et accessibilité, même pour des logements sociaux. Son travail est salué pour avoir transformé des friches industrielles ou des quartiers détruits en espaces de vie agréables. Malgré les controverses, son influence sur l’architecture moderne reste significative.

