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Culture

"Dégel", la cinéaste Manuela Martelli dans l'hiver de la dictature chilienne

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 10 j

"Dégel", le second film de la cinéaste chilienne Manuela Martelli, plonge dans un Chili post-dictature où une enfant, Inès, est bouleversée par la disparition d’une jeune skieuse allemande. Entre thriller et mémoire collective, la fonte des glaces devient métaphore d’une vérité longtemps tue..

Film chilien récent

Le film Dégel, réalisé par Manuela Martelli, est le deuxième volet d’une trilogie cinématographique explorant l’histoire du Chili. Sorti en 2026, il a été présenté au Festival de Cannes dans la section Un certain Regard. L’intrigue se déroule en 1992, soit un an après le retour à la démocratie au Chili, après près de 17 ans de dictature militaire sous Augusto Pinochet (1973-1990). Ce contexte historique est crucial : le pays, encore marqué par les traumatismes de la répression politique, tente de se reconstruire tout en faisant face à son passé. Le titre Dégel évoque à la fois la fonte des glaces, métaphore des vérités cachées qui émergent, et le climat politique chilien de l’époque, où les silences et les non-dits commencent à se fissurer.

Intrigue et personnages

L’histoire suit Inès, une enfant chilienne de 10 ans, qui vit dans une région montagneuse des Andes, près de la frontière argentine. Elle gère un hôtel familial avec sa famille. Inès se lie d’amitié avec Hanna, une jeune skieuse allemande en vacances au Chili. Leur relation innocente prend un tournant dramatique lorsque Hanna disparaît mystérieusement. Ce récit, à la fois thriller et drame historique, explore les thèmes de la mémoire collective et des traumatismes transgénérationnels. Le film met en lumière les disparitions forcées et les violences politiques qui ont frappé le Chili pendant la dictature, ainsi que les échos de l’histoire allemande, notamment celle de la Seconde Guerre mondiale, dont Hanna porte aussi les stigmates. Les deux pays, bien que géographiquement éloignés, partagent une histoire de violence d’État et de quête de vérité.

Contexte politique et symbolique

En 1992, le Chili, dirigé par le président Patricio Aylwin (premier président démocratiquement élu après Pinochet), tente de se réinsérer sur la scène internationale. Un événement symbolique de cette période est le transport d’un iceberg chilien vers Séville, en Espagne, pour l’Exposition universelle de 1992. Cet iceberg, symbole de pureté et de fragilité, représente à la fois la beauté naturelle du Chili et les vérités gelées que le pays doit affronter. Le film utilise cette métaphore pour illustrer la manière dont les sociétés gèrent – ou non – leur passé traumatique. Le silence et le hors-champ (les éléments non montrés à l’écran) jouent un rôle central dans la narration, reflétant la difficulté à nommer l’indicible, comme les milliers de disparitions et d’exactions commises sous la dictature.

Réalisatrice et trilogie

Manuela Martelli, réalisatrice et actrice chilienne, s’inspire de l’histoire de sa famille pour ses films. Son premier long-métrage, Chili 1976 (2022), s’appuyait sur le destin de sa grand-mère, qui avait secouru une victime de la dictature. Dégel s’inscrit dans une trilogie en cours, où chaque film aborde une période différente de l’histoire chilienne. Martelli utilise le cinéma comme un outil de mémoire et de réconciliation, en explorant les mécanismes de la transmission des traumatismes entre générations. Son approche artistique mêle fiction et réalité, en s’appuyant sur des archives et des témoignages indirects pour donner une voix à ceux que l’histoire a effacés.

Ce que ça pourrait changer

Présenté à Cannes en 2026, *Dégel* a été salué pour sa capacité à aborder des sujets politiques et historiques complexes à travers le prisme d’une histoire personnelle et accessible. Le film interroge la manière dont les sociétés gèrent leurs traumatismes collectifs, en montrant comment les silences familiaux et nationaux peuvent façonner les destins individuels. Il soulève également des questions universelles sur la réconciliation, la justice et la mémoire. En choisissant de situer l’intrigue dans une région montagneuse et enneigée, Martelli renforce la symbolique du *dégel* : comme la glace qui fond, les vérités refoulées finissent par remonter à la surface, même si le processus est lent et douloureux. Le film invite ainsi à une réflexion sur le rôle de l’art dans la reconstruction des sociétés après des périodes de violence.

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