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Droit

Le paradoxe de l’ultra‑trail : pourquoi les femmes excellent mais sont sous‑représentées

Nouvel Obs : Droits des femmes · mis à jour il y a 8 j

Plus la distance s’allonge, moins les femmes s’inscrivent ; mais plus elle s’allonge, plus leurs performances se rapprochent de celles des meilleurs hommes, souligne dans cette tribune la chercheuse Mathilde Plard, alors que la 23ᵉ édition de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc se tient du 24 au 30 août 2026..

Performance féminine en ultra-trail

Les femmes dominent les classements des compétitions d’ultra-trail, une discipline de course à pied sur de très longues distances (généralement plus de 80 kilomètres). Selon une étude citée dans l’article, elles représentent 60 % des podiums dans les courses les plus exigeantes, comme l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB). Cette performance s’explique par des facteurs physiologiques et psychologiques. Sur le plan physiologique, les femmes ont une meilleure endurance et une récupération plus rapide grâce à leur métabolisme adapté aux efforts prolongés. Psychologiquement, elles font preuve d’une plus grande résistance à la douleur et d’une meilleure gestion du stress sur la durée. Ces résultats contredisent les stéréotypes traditionnels associant la force physique à une supériorité masculine dans les sports d’endurance.

Sous-représentation féminine

Malgré leur excellence sportive, les femmes sont sous-représentées dans les inscriptions et les classements des ultra-trails. Par exemple, elles ne constituent que 30 % des participants à l’UTMB, alors qu’elles représentent près de 50 % des coureurs en trail classique (distances inférieures à 80 km). Cette disparité s’accentue avec la distance : plus la course est longue, plus la proportion de femmes diminue. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. D’abord, les stéréotypes de genre persistent dans le milieu sportif, où l’endurance est souvent perçue comme une qualité masculine. Ensuite, les femmes sont moins incitées à s’inscrire en raison de contraintes sociales, comme la charge mentale liée aux responsabilités familiales ou professionnelles. Enfin, les organisateurs de courses peinent à les attirer, faute de stratégies ciblées.

Freins économiques et sociaux

Les freins à la participation féminine dans l’ultra-trail sont aussi économiques et sociaux. Les femmes ont, en moyenne, des revenus inférieurs à ceux des hommes, ce qui limite leur accès à des équipements coûteux ou à des stages d’entraînement onéreux. De plus, les sponsors et les médias accordent moins de visibilité aux athlètes féminines, réduisant ainsi leurs opportunités de financement ou de reconnaissance. Une étude montre que les courses féminines reçoivent 20 % de moins de couverture médiatique que les courses masculines, malgré des performances équivalentes. Ces inégalités structurelles freinent l’émergence de nouvelles générations de coureuses et perpétuent un cercle vicieux de sous-représentation.

Rôle des organisateurs

Les organisateurs de courses d’ultra-trail jouent un rôle clé dans la diversification des participants. Certains, comme ceux de l’UTMB, ont mis en place des mesures pour encourager la participation féminine. Par exemple, des quotas ou des tarifs réduits pour les femmes ont été instaurés pour augmenter leur représentation. Cependant, ces initiatives restent marginales et inégales selon les événements. Les organisateurs soulignent aussi le manque de données précises sur les motivations des coureuses, ce qui limite l’efficacité de leurs actions. Une meilleure compréhension des attentes féminines, comme des horaires adaptés ou des espaces sécurisés, pourrait contribuer à réduire les disparités.

Ce que ça pourrait changer

Pour inverser la tendance, une approche **multidimensionnelle** est nécessaire. Les fédérations sportives, comme la **Fédération Française d’Athlétisme (FFA)**, pourraient intégrer des programmes spécifiques pour promouvoir l’ultra-trail féminin, en collaboration avec des athlètes de haut niveau. Les médias ont aussi un rôle à jouer en offrant une couverture équitable aux performances féminines, comme le fait déjà certains titres spécialisés. Enfin, les sponsors pourraient diversifier leurs partenariats en soutenant des athlètes femmes, ce qui renforcerait leur visibilité et leur attractivité. Sans ces changements structurels, le paradoxe entre performance et représentation féminine risque de persister dans l’ultra-trail.

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