Le fructose ne ferait pas seulement grossir par ses calories : il pousserait aussi l’intestin à absorber davantage de graisses
Une étude sur des souris montre que digérer le fructose modifierait le microbiote intestinal, allongerait de minuscules vaisseaux de l'intestin grêle et augmenterait ainsi l'absorption des graisses alimentaires..
Le fructose, un sucre simple présent naturellement dans les fruits et le miel, est souvent pointé du doigt pour son rôle dans la prise de poids. Jusqu’ici, on pensait que son principal effet négatif sur la santé venait de son apport calorique élevé. Cependant, une étude récente suggère que le fructose aurait un mécanisme supplémentaire : il inciterait l’intestin à absorber davantage de graisses. Ce sucre, ajouté en grande quantité dans les aliments industriels sous forme de sirop de glucose-fructose, ne se comporterait donc pas comme les autres sucres. Contrairement au glucose, qui est directement utilisé par les cellules pour produire de l’énergie, le fructose est métabolisé principalement par le foie. Cette particularité expliquerait pourquoi sa consommation excessive est associée à des risques accrus de stéatose hépatique (foie gras), de diabète de type 2 et d’obésité.
L’étude révèle que le fructose active une protéine spécifique dans les cellules intestinales, appelée CD36. Cette protéine agit comme un transporteur, facilitant l’absorption des acides gras à longue chaîne par l’intestin. En temps normal, l’intestin régule finement l’absorption des nutriments pour éviter un excès de graisses dans le sang. Mais sous l’effet du fructose, cette régulation est perturbée : l’intestin absorbe alors jusqu’à 30 % de graisses en plus. Ce phénomène a été observé chez des souris nourries avec un régime riche en fructose, mais les chercheurs estiment que les résultats pourraient s’appliquer à l’humain. Les auteurs de l’étude soulignent que ce mécanisme s’ajoute à l’effet calorique du fructose, ce qui expliquerait pourquoi sa consommation est si néfaste pour la santé métabolique.
L’absorption accrue de graisses par l’intestin, déclenchée par le fructose, pourrait avoir des répercussions majeures sur la santé. Les graisses non utilisées par l’organisme sont stockées sous forme de triglycérides, notamment dans le foie et les tissus adipeux. Cela favorise le développement de la stéatose hépatique, une accumulation de graisse dans le foie qui peut évoluer vers une inflammation, une fibrose, voire une cirrhose. Par ailleurs, un excès de graisses dans le sang augmente le risque de maladies cardiovasculaires, comme l’athérosclérose, où des plaques de graisse obstruent les artères. Enfin, cette perturbation du métabolisme des lipides pourrait aggraver la résistance à l’insuline, un facteur clé du diabète de type 2. Ces effets combinés font du fructose un sucre particulièrement préoccupant dans le cadre d’une alimentation déséquilibrée.
Le fructose est naturellement présent dans les fruits, où il est associé à des fibres et des vitamines, ce qui limite ses effets négatifs. Cependant, dans l’alimentation moderne, il est surtout consommé sous forme de sirop de glucose-fructose, un édulcorant industriel bon marché produit à partir de maïs. Ce sirop est largement utilisé dans les sodas, les bonbons, les pâtisseries industrielles et les plats préparés. Aux États-Unis, sa consommation a explosé depuis les années 1970, passant de 0,5 kg à plus de 30 kg par personne et par an. En Europe, bien que moins répandu, il reste présent dans de nombreux produits transformés. L’étude met en garde contre cette consommation excessive, qui dépasse largement les apports naturels en fructose.
Face à ces découvertes, les chercheurs appellent à une réduction de la consommation de fructose, en particulier sous sa forme industrielle. Ils recommandent de privilégier les sources naturelles de fructose, comme les fruits entiers, et d’éviter les aliments ultra-transformés contenant du sirop de glucose-fructose. Pour les boissons sucrées, l’eau, les infusions ou les jus de fruits sans sucre ajouté sont des alternatives plus saines. Les autorités sanitaires pourraient aussi envisager de mieux encadrer l’utilisation de cet édulcorant dans l’industrie agroalimentaire. Enfin, cette étude souligne l’importance d’une alimentation équilibrée, riche en fibres et en nutriments essentiels, pour préserver la santé intestinale et métabolique.

