Un nouveau mosasaure fossile découvert à Aix en Provence
Un nouveau mosasaure retrouvé près d'Aix-en-Provence et vieux de près de 85 millions d’années nous renseigne sur l'évolution d'une branche de ces prédateurs vers les milieux d’eau douce continentaux..
Un nouveau fossile de mosasaure, nommé Garamaudo bauciensis, a été découvert près d'Aix-en-Provence. Ce reptile marin, vieux de 85 millions d'années, appartient à une lignée de prédateurs qui a évolué vers des milieux d'eau douce continentaux. Les mosasaures sont des reptiles carnivores disparus il y a 66 millions d'années, à la fin du Crétacé, en même temps que les dinosaures non aviens. Leur taille variait de 3 à 15 mètres selon les espèces, et ils occupaient une place dominante dans la chaîne alimentaire marine. Ce spécimen, bien que partiel (mâchoire, vertèbres, côtes, humérus et bassin), permet d'estimer sa longueur à environ 2,5 mètres, ce qui est modeste comparé à ses cousins géants.
Les mosasaures sont des squamates, un groupe qui inclut aujourd'hui les lézards et les serpents. Leur histoire évolutive illustre un phénomène rare chez les vertébrés : le retour à la vie aquatique après une origine terrestre. Leurs ancêtres, comme ceux des mammifères marins actuels (baleines, dauphins), ont quitté la terre ferme pour l'océan, développant des adaptations morphologiques comme des membres transformés en palettes natatoires (mains allongées en nageoires). Cependant, Garamaudo bauciensis présente des caractéristiques plus primitives, similaires à celles d'un varan, suggérant une adaptation à l'eau douce plutôt qu'à la mer. Cette découverte renforce l'hypothèse selon laquelle l'Europe, alors un archipel, a servi de refuge pour des espèces de petite taille, à l'abri des grands prédateurs marins.
La découverte de ce mosasaure en milieu d'eau douce est exceptionnelle, car la grande majorité des fossiles de ces reptiles ont été retrouvés en milieu marin. À l'époque du Crétacé supérieur (il y a 85 millions d'années), l'Europe était un ensemble d'îles et de zones continentales fragmentées, offrant des habitats variés. Les mosasaures d'eau douce y sont extrêmement rares à l'échelle mondiale, et tous ceux identifiés proviennent d'Europe. Ce spécimen aixois confirme cette singularité géographique et suggère que ces petits prédateurs ont prospéré dans les lacs et rivières européennes, avant de disparaître quelques millions d'années plus tard, probablement concurrencés par les crocodiles.
Cette découverte a été analysée par Nathalie Bardet, paléontologue au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) et directrice de recherche au CNRS. Elle souligne l'importance des mosasaures dans l'histoire évolutive des vertébrés, notamment leur transition entre vie terrestre et aquatique. Les fossiles, comme celui de Garamaudo bauciensis, permettent de retracer ces étapes clés. L'étude, publiée dans la revue PCI Paleontology, met en lumière des adaptations morphologiques liées à l'environnement d'eau douce, où les membres et le bassin conservent des traits primitifs, contrairement aux palettes natatoires des espèces marines. Ces travaux contribuent à comprendre comment certaines branches évolutives se sont adaptées à des niches écologiques spécifiques.
Le mosasaure *Garamaudo bauciensis* appartient à une lignée qui a vécu en eau douce, mais cette adaptation n'a pas été durable. Quelques millions d'années après son apparition, ces petits prédateurs ont disparu des gisements fossiles européens, remplacés par de grands crocodiles. Cette disparition pourrait s'expliquer par une compétition écologique ou des changements environnementaux. Leur rôle de grands prédateurs dans les écosystèmes d'eau douce a donc été éphémère, bien que leur étude offre des indices précieux sur l'évolution des reptiles marins et leur diversification. Leur extinction coïncide avec celle des dinosaures, marquant la fin du Crétacé et le début d'une nouvelle ère géologique.

