La présidente du Costa Rica se met en scène dans une mégaprison au “décor lugubre”
Dans une vidéo publiée le 4 octobre, la présidente costaricaine, Laura Fernández, présente la future mégaprison du pays, dont l’ouverture est prévue ce 14 octobre. Entre musique épique, ton martial et discours sur la lutte contre le crime organisé, sa communication reprend les codes de son homologue salvadorien, Nayib Bukele..
Le 4 octobre 2026, la présidente du Costa Rica, Laura Fernández, a publié une vidéo présentant la future mégaprison du pays, le Centre de haute sécurité contre le crime organisé (CACCO). Ce complexe, d’une capacité de 5 100 détenus, doit ouvrir ses portes le 14 octobre 2026 à San Rafael de Alajuela, près de la capitale San José. Dans cette séquence, la dirigeante conservatrice (membre du PPSO) adopte un ton martial et une mise en scène inspirée des communications du président salvadorien Nayib Bukele, connu pour sa politique répressive envers les gangs. Elle y dénonce l’impunité et promet une « main de fer contre les criminels », évoquant la souffrance des « victimes innocentes » et des « familles honnêtes ». La vidéo utilise une musique épique et un décor qualifié de « lugubre » par certains médias locaux.
La politique carcérale du Costa Rica s’inspire directement du modèle salvadorien, mis en place par Nayib Bukele. En avril 2025, les deux pays ont signé un accord de coopération pour reproduire ce système, marqué par des prisons de haute sécurité et des conditions de détention strictes. Le CACCO, dont le coût de construction s’élève à 35 millions de dollars (environ 31 millions d’euros), est conçu pour accueillir des détenus considérés comme « très dangereux ». Ce rapprochement s’inscrit dans une stratégie régionale de lutte contre le crime organisé, alors que le Salvador est souvent cité comme exemple de répression massive. La présidente Fernández a d’ailleurs durci sa politique depuis son arrivée au pouvoir en mai 2026, en réduisant notamment les droits des détenus, comme l’accès à des supermarchés en prison ou les visites conjugales.
Plusieurs médias costariciens, comme La Nación, critiquent la communication de Laura Fernández autour de cette prison. Le quotidien dénonce une mise en scène où l’humiliation des prisonniers est présentée comme une « prétendue leçon de discipline », réduisant les détenus à des « objets ». Le journal souligne également que ce projet s’inscrit dans un contexte de tensions autour de l’indépendance de la justice au Costa Rica, où un « cri de colère populaire » a été observé en août 2026 pour défendre cette indépendance. Par ailleurs, le pays a enregistré 873 homicides volontaires en 2025 (pour une population de 5 millions d’habitants), le troisième chiffre le plus élevé de son histoire, ce qui alimente le débat sur l’efficacité des mesures répressives.
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large en Amérique latine, où plusieurs pays adoptent des politiques sécuritaires inspirées du modèle salvadorien. Le Costa Rica, traditionnellement considéré comme une démocratie stable et progressiste, semble s’aligner sur des approches plus autoritaires pour répondre à la montée de la violence. Cette évolution suscite des interrogations sur l’équilibre entre sécurité et respect des droits humains, d’autant que des critiques émergent quant à la réduction des libertés individuelles au nom de la lutte contre le crime organisé. Le pays fait également face à des pressions extérieures, notamment de la part des États-Unis, qui influencent ses choix politiques.

