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Migration cellulaire : comment les cellules se baladent dans l'organisme

France Culture - Savoirs · mis à jour 24 sept.

Se déplacer est une propriété fondamentale du vivant : les cellules rampent, nagent ou avancent en groupe pour bâtir nos tissus et les réparer. Mais ce même programme, détourné, permet aux cellules cancéreuses de métastaser.

Mouvement cellulaire vital

La migration cellulaire est un processus fondamental pour le vivant, essentiel à la formation et au fonctionnement des organismes. Les cellules se déplacent selon des mécanismes variés : elles rampent comme des chenilles, nagent comme des spermatozoïdes ou avancent en groupe pour construire les tissus. Ce phénomène est particulièrement actif lors du développement embryonnaire, où les cellules migrent pour organiser les organes à leur emplacement précis. À l’âge adulte, certaines cellules conservent cette capacité pour réparer les tissus, comme la peau après une blessure, ou pour surveiller l’organisme en détectant d’éventuels intrus pathogènes. Ces déplacements suivent des règles biologiques précises, encore partiellement méconnues, mais indispensables à la vie.

Métastases : migration détournée

Lorsque la migration cellulaire est mal régulée, elle peut devenir pathologique. C’est notamment le cas dans le cancer, où des cellules cancéreuses acquièrent la capacité de se déplacer anormalement dans l’organisme. Ces cellules, initialement localisées dans un tissu, peuvent migrer vers d’autres organes et y former des métastases, des tumeurs secondaires souvent plus difficiles à traiter. Les chercheurs estiment que jusqu’à 90 % des décès par cancer sont liés à ces métastases plutôt qu’à la tumeur initiale. Comprendre les mécanismes de la motilité cellulaire permettrait de développer des traitements pour freiner ou empêcher cette migration anarchique, limitant ainsi la propagation de la maladie.

Rôle des scientifiques

Deux équipes de recherche françaises étudient activement la migration cellulaire. Matthieu Piel, biologiste cellulaire et directeur de recherche au CNRS, dirige l’équipe Physiologie quantitative de la cellule à l’Institut Curie et à l’Institut Pierre-Gilles de Gennes. Ses travaux visent à décrypter les lois physiques et biologiques qui gouvernent le mouvement des cellules. De son côté, Clara Nahmias, également biologiste cellulaire au CNRS et directrice de recherche à l’Institut Gustave Roussy, a fondé l’association PrOlific pour faciliter le dialogue entre chercheurs et citoyens. Leurs recherches pourraient aboutir à des innovations thérapeutiques, notamment pour les cancers agressifs comme ceux du sein.

Applications médicales

L’étude de la motilité cellulaire ouvre des pistes pour lutter contre des maladies autres que le cancer. Par exemple, certaines cellules immunitaires, comme les lymphocytes, migrent pour détecter et éliminer les agents infectieux. En revanche, dans des maladies auto-immunes, ces cellules peuvent attaquer par erreur les tissus sains. En ciblant spécifiquement les mécanismes de migration, les scientifiques espèrent développer des thérapies plus précises et moins invasives. Une protéine capable de freiner la migration des cellules cancéreuses du sein a déjà été identifiée, offrant un espoir pour limiter la propagation des métastases.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les avancées, de nombreuses questions persistent. Comment les cellules coordonnent-elles leur mouvement en groupe ? Quels signaux chimiques ou mécaniques déclenchent leur déplacement ? Les chercheurs utilisent des outils innovants, comme des microscopes haute résolution ou des modèles mathématiques, pour percer ces mystères. À long terme, ces découvertes pourraient révolutionner la médecine, en permettant de bloquer la migration des cellules cancéreuses ou de stimuler celle des cellules réparatrices. Cependant, ces applications restent encore au stade expérimental et nécessitent des années de recherche supplémentaires.

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