« Je ne l’ai pas vécu » : enseigner le 11 Septembre à ceux qui n’étaient pas nés
Plus de 100 millions d’Américains sont nés après le 11 septembre 2001..
Pour les Américains et les Canadiens nés après 2001, les attentats du 11 septembre 2001 relèvent de l’histoire et non d’un souvenir personnel. Carmen Robles, enseignante new-yorkaise depuis de nombreuses années, constate que ses élèves n’ont plus de lien direct avec cet événement. Elle explique que, lors de ses débuts, certains élèves avaient vécu les attentats, mais cette proportion diminue avec le temps. Carmen Robles, qui réside près du World Trade Center, partage son expérience et celle des New-Yorkais pour transmettre l’impact émotionnel et historique de cette journée. Elle utilise des journaux, des vidéos et des témoignages de survivants pour rendre l’événement plus concret pour ses élèves, âgés de 13 ou 14 ans.
Sari Beth Rosenberg, une autre enseignante de Manhattan, souligne que la distance entre les élèves et les attentats du 11 septembre s’est installée progressivement. Au début, des cérémonies et des moments de silence marquaient l’anniversaire, puis les élèves ont commencé à interviewer des proches pour recueillir leurs souvenirs. Rosenberg constate parfois un détachement chez ses élèves, comme des commentaires minimisant l’importance des attentats. Elle intervient alors pour rappeler que des proches à elle se trouvaient dans les tours ce jour-là. Pour rendre l’événement plus tangible, elle fait écouter des témoignages de jeunes de leur âge et se rend régulièrement au mémorial du 11 septembre pour collecter des récits de survivants.
Maryann Braverman, une survivante des attentats, travaillait au 38e étage de la tour Sud le 11 septembre 2001. Elle raconte avoir entendu une explosion avant de fuir, puis avoir dû quitter son quartier pendant des semaines en raison de la destruction. Son témoignage, recueilli au mémorial du 11 septembre, permet aux élèves de comprendre l’ampleur humaine de la tragédie. Dave, un jeune né après les attentats, confirme que les récits en direct sont bien plus marquants que les vidéos ou les documents historiques. Maryann Braverman souligne aussi les changements radicaux dans les règles de sécurité aérienne après 2001, comme les restrictions sur les bagages ou le renforcement des portes des avions.
Les attentats du 11 septembre ont eu des conséquences majeures sur la politique internationale et la sécurité des États-Unis. Sari Beth Rosenberg explique à ses élèves que l’invasion de l’Afghanistan en 2001 était une réponse directe à ces attentats, tandis que la guerre en Irak, lancée en 2003, n’avait pas de lien direct avec eux. Elle mentionne également la création de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), une agence chargée de l’application des lois sur l’immigration, mise en place sous l’administration de George W. Bush après les attentats. Carmen Robles, quant à elle, aborde les divisions sociales qui ont suivi, notamment la montée des discriminations envers la communauté musulmane aux États-Unis.
Carmen Robles insiste sur l’importance d’enseigner le 11 septembre aux jeunes générations, car certains pourraient devenir des législateurs ou des décideurs. Elle rappelle que cette journée a marqué durablement New York et les États-Unis, et que ses répercussions se font encore sentir 25 ans plus tard. Les enseignants comme Robles et Rosenberg utilisent des outils variés, comme des extraits vidéo, des journaux et des récits de survivants, pour lutter contre les théories du complot qui circulent depuis 2001. Leur objectif est de transmettre une mémoire vivante et nuancée, loin des simplifications ou des interprétations erronées.

